Un reportage signé Emilie Baujard, à Battir, en Palestine

Hassan Muamer : « On bénéficie de ce système agricole qui a été construit il y a des milliers d’années. Mais il est menacé de destruction, donc je dois trouver un moyen d’arrêter ça ! »

Hussan Muamer est ingénieur civil dans le village palestinien de Battir, au sud-est de Jérusalem. Un village qui pourrait bientôt être inscrit au patrimoine mondial de l’Humanité par l’UNESCO. La demande doit être déposée avant la fin du mois par l’Autorité palestinienne. Cette candidature a pour but de protéger un système d’irrigation inédit, construit il y a des millénaires par les Romains et menacé aujourd’hui par la construction du mur de séparation voulue par Israël.

C’est un petit village construit à flan de collines en contrebas de Bethléem. Ici, la végétation y est luxuriante et le bruit de l’eau qui s’écoule résonne dans toutes les rues. Pour les Palestiniens, Battir est surtout connu pour sa variété d’aubergines du même nom, mais la richesse du village est ailleurs. Elle réside dans ses terrasses agricoles vieilles de plus de 4000 ans, couplées à un système de canaux bordés de pierre qui emmènent l'eau depuis les sources du village jusqu'aux plateaux cultivés. Un patrimoine qui fait vivre, encore aujourd’hui, tout le village de Battir comme l’explique Hussan Muamer, ingénieur civil à Battir.

Hussan Muamer :« On a un réseau multiple qui suit toutes les parcelles et les terrasses sur plus d’un kilomètre et demi. Et là, je ne parle que d’une seule branche du réseau ! Cette branche permet d’irriguer plus de15 hectaresde terres, grâce à une seule source d’eau. Et cette source n’est qu’une des 7 sources que compte le village. »

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C’est pour protéger cet écosystème unique en son genre en Palestine, qu’Hussan Muamer travaille depuis des années pour faire inscrire le site à l’UNESCO et la démarche est d’autant plus urgente que le village est menacé comme le rappelle Giovanni Fontana expert à l’UNESCO à Ramallah.

Giovanni Fontana : « En plus des facteurs de menaces internes, inhérents à la société palestinienne, comme le manque de plan d’urbanisme… il y a aussi, depuis plusieurs années, une autre menace extérieure, ou voisine disons, qui est la construction de la barrière de sécurité, le mur par Israël et l’expansion des colonies israéliennes. C’est pourquoi nous considérons que le village de Battir doit être proposé au plus vite, pour minimiser les impacts négatifs sur le site dans le futur. »

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Le mois dernier et contre toute attente, la justice israélienne a ordonné au ministère de la défense israélien de revoir le tracé du mur qui doit passer sur les terres de Battir, en contrebas de la ligne de chemin de fer construite au XIXème siècle et qui relie aujourd’hui Jérusalem à Tel Aviv. Une décision qui redonne de l’espoir au maire du village, Akram Bader, qui attend beaucoup d’une inscription à l’Unesco.

Akram Bader : « D’abord Battir deviendra célèbre et beaucoup de donneurs viendront pour rénover le site. Et puis, le plus important pour nous, c’est de préserver notre terre. Nous voulons voire ce site tous les jours, tout le temps et le garder pour les générations futures. »

L’Unesco doit rendre sa décision au mois de juin et en cas d’inscription au patrimoine mondial de l’humanité, Battir s’attend à un afflux de touristes et a déjà prévu hôtels et chemins de randonnées pour les accueillir.

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