Un questions-réponses réalisé avec Olivier Bonamici, en direct de Lisbonne, au Portugal

saucisson et vin
saucisson et vin © frans16611

Au Portugal, le maire d’un village veut lancer un vin et un saucisson portant le nom de l’ancien dictateur Antonio Salazar, mort il y a plus de 40 ans. Le vin « Salazar » pourrait donc voir le jour dans les prochains mois.

Ce vin devrait s'appeler "Mémoires de Salazar" du nom de l'ancien dictateur portugais qui a gouverné le pays entre 1932 et 1968. A l'origine de cette initiative, le maire de Santa Comba Dao, un village situé dans le centre du pays qui a vu naître Salazar. Le vin devrait être sur le marché d'ici à la fin de l'année. L'idéal selon le maire du village, serait en pleines vacances d'été, quand beaucoup d'émigrés portugais viennent rendre visite à leur famille -ce qui est quand même assez curieux, quand on sait que beaucoup d'émigrés portugais ont justement quitté leur pays dans les années 60 et 70 pour fuir le régime dictatorial de Salazar.

  • Pas question, pour le maire de ce village, de s’embarrasser d’états d’âmes, il laisse aux historiens l’inventaire des années Salazar.

__ Pour lui, c'est aux historiens d'établir le véritable rôle de Salazar. Régime totalitaire ou non, ce n'est pas son problème. Le Maire se définit comme pragmatique. « Je ne suis pas là, dit-il, pour vendre l'idéologie Salazar, mais pour vendre du vin ». Autrement dit, officiellement, ce n'est que du marketing.

La mairie de Santa Camba Dao ne veut pas seulement mettre sur le marché du vin ou de la charcuterie estampillés Salazar ; elle veut aussi restaurer tout le patrimoine qui a appartenu à l'ancien chef d’Etat. Là encore, l'idée est de donner un coup de pouce à l'économie locale, surtout dans le contexte actuel de crise. Il y a quelques années déjà, un musée consacré à l'ancien dictateur avait failli voir le jour, mais l'idée n'avait pas été du goût de tout le monde...

- Comment l'opinion publique réagit-elle ?

__ Il y a d'abord l'Union des Résistants Anti Fascistes portugais, pour qui cette initiative est une offense à la mémoire de tous ceux qui ont été victimes de

Salazar, de tous ces Portugais qui ont été emprisonnés pendant toutes ces années. S'il s'agit de consulter des archives, cette association fait remarquer qu'elles sont disponibles à Lisbonne. Pas besoin de se déplacer jusqu'au village natal de Salazar. A l'inverse, il y a tous les nostalgiques du régime qui se font plus discrets ; on entend parfois la phrase « du temps de

Salazar, c'était mieux », un discours qui gagne pas mal de partisans en ces temps de crise. Salazar au Portugal, ce n'est pas un sujet tabou, mais c'est un sujet qui divise. Il y a dix ans, lors d'un concours télévisé, Salazar avait été élu le plus grand Portugais de tous les temps, devant Vasco de Gama. Un vote qui avait choqué une grande partie de l'opinion publique.

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