Un reportage de Solenn Honorine, à Johannesburg, en Afrique du Sud

Tshepo : « Ca n'a jamais été fait avant, un mariage gay africain. On voulait montrer que l'on peut être Noir, gay, et en être fier . »

Mariage gay zoulou (impression écran ONCA)
Mariage gay zoulou (impression écran ONCA) © Radio France

L'Afrique du Sud est devenue en 2006 le 5ème pays du Monde à légaliser le mariage pour tous, ainsi que l'adoption et la procréation médicalement assistée pour les couples homosexuels.

Mais l’union de deux hommes, le mois dernier, a tout de même suscité une controverse… Car Thoba et TshepoSithole-Modisane avaient décidé de célébrer leur union de manière traditionnelle africaine, alors que beaucoup estiment encore que l'homosexualité est étrangère à la culture Noire.

Ceci est la musique de la série télé sud-africaine « Shaka Zulu », sur le fondateur du royaume Noir, que le couple avait choisi comme thème de leur mariage. Une façon de s'inscrire dans l'Histoire, dans la lignée de la fière et ancienne culture Zouloue à laquelle appartient Thabo. Le jeune homme aux longues dreadlocks décrit le costume qu'il avait revêtu pour la cérémonie, bien loin des t-shirt et jean que cet ingénieur en télécommunication porte d'habitude.

Thoba : « Mon habit était en peau de vache. On avait la lance, que l'on utilise quand on danse, et le bouclier zoulou pour se protéger. J'ai le droit de vivre ma vie comme je l'entends, et si je suis homosexuel, ça ne me rend pas moins Zoulou. » __

Le couple avait respecté des coutumes anciennes lors de leur mariage, de la danse énergique et martiale des Zoulous, au sacrifice rituel d'un taureau pour obtenir la bénédiction des ancêtres selon les règles de l'ethnie Tswana, à laquelle appartient Tshepo.

Ils ont dû, aussi, réinventer des traditions très ancrées, comme celle de la « lobola », la dot due, normalement, aux parents de la fille à marier.

Tshepo : « Comme nous sommes tous les des deux hommes, nous avons décidé d'échanger des cadeaux entre les deux familles, pour montrer que nous apprécions le travail des parents qui ont élevé leur fils.

Solenn Honorine: C'est comme si vous avez tous les deux payé la dot, en fait. Donc c'est deux fois plus cher !

Tshepo : Oui, si tu veux... Mais on respecte juste la tradition . »

Mais cette appropriation des traditions a été vue d'un très mauvais œil par certains : le roi des Zoulous a par exemple publiquement dénoncé ce mariage.

Car l'Afrique du Sud, ce sont deux mondes dans lesquels les homosexuels sont traités de manières très différentes : dans les grandes métropoles où les bourgeoisies blanche comme noire se concentrent -comme Johannesburg, le Cap et Durban- la communauté gay est visible et affirmée. Mais c'est loin d'être le cas dans les zones déshéritées du reste du pays, explique Tshepo.

Tshepo : « On ne doit pas se voiler la face : les lesbiennes dans les townships, dans les campagnes, sont tout particulièrement agressées, parfois violées... C'est un fait. Mais nous avons de la chance parce que nous vivons à Joburg (le surnom de Johannesburg, ndlr), dans une ville moderne ; c'est pour cela que l'on a reçu que des soutiens. Et ça a été vraiment super, très encourageant, de penser que des gens vont jusqu'à nous aider à avoir un bébé. C'est très beau, c'est très beau . »

Depuis que leur histoire a fait la Une des journaux, une dizaine de femmes a offert à Thoba et Tshepo de porter leurs enfants. Le couple se voit comme les réinventeurs d'une longue et fière tradition africaine, même si bien des traditionalistes refusent de voir en eux des héritiers du légendaire guerrier Shaka Zulu.

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