Un questions-réponses réalisé avec Marie Heuclin, en direct d'Alger, en Algérie

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Femmes algériennes
Femmes algériennes © anw.fr /

Le parlement algérien est en train de voter les réformes politiques annoncées par le président Bouteflika en avril dernier, promises après des mois de protestations sociales et politiques en début d’année. Parmi elles, la loi sur les quotas des femmes dans les assemblées élues car aujourd’hui, les Algériennes ne représentent que 8% des députés. Mais le texte finalement adopté reste très en dessous des attentes.

Le président algérien Abdelaziz Bouteflika voulait faire voter une loi qui imposerait un quota de 30% de femmes dans les assemblées élues, mais ce projet a été largement amendé par les députés. Le texte finalement adopté instaure bien un quota de femmes dans les assemblées, mais il sera progressif, allant de 20% à 40% en fonction de la taille des circonscriptions pour l’Assemblée nationale.

Mais le vrai recul par rapport au texte initial n’est pas là. Ces quotas ne concernent plus que la présence des femmes sur les listes électorales et non la proportion de sièges qui leur sera réservée à l’issue d’un scrutin . Les partis pourront donc toujours placer les femmes en fin de liste, sans leur donner la moindre chance d’être élues.

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- Ce vote a bien évidemment provoqué une levée de boucliers des femmes de l’Assemblée populaire nationale et des militantes féministes

Effectivement, les femmes députés – elles sont trente - qui se sont pour la plupart battues pour ce quota, ont pointé du doigt un texte vidé de son sens. Elles dénoncent le conservatisme de ces collègues masculins qui ne veulent pas laisser leur place aux femmes. Elles rejettent l’argument des députés selon lequel dans certaines régions du pays, il n’y a pas suffisamment de femmes impliquées dans les partis politiques pour mettre en place des quotas plus stricts. Certaines demandent même le retrait du texte, affirmant qu’aucun quota vaut mieux que cette demi-mesure.

- Ce débat illustre aussi les tensions politiques réapparues ces derniers mois en Algérie, notamment à l’approche des élections législatives qui auront lieu début 2012. Les débats, au sein de l’Assemblée nationale algérienne, sont plus agités que jamais.

Cette loi a en effet suscité un débat plus que vif entre les députés. Pour la première fois, on a vu des députés de l’alliance présidentielle revoir totalement un texte proposé par le président de la République. En fait, la plupart des observateurs, ici, y voient la volonté députés de regagner en crédibilité en montrant qu’ils ne sont pas une assemblée de « bénis oui-oui » qui adopte sans sourciller les projets de loi qui lui sont soumis, ce qui correspondait à l’attitude habituelle de l’Assemblée ces cinq dernières années. Les défenseurs des droits des femmes regrettent que cela se soit fait sur le dos d’un texte symbolique pour la situation des femmes dans le pays.

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