Un reportage de François-Xavier Freland à La Havane, à Cuba

Carlos : «Pour l'instant, ça ne m'intéresse pas de voyager car je n'ai pas la somme d'argent suffisante pour visiter d'autres pays... Pour voyager, il faut emprunter. Mais ici, ils ne te prêtent pas d’argent pour voyager, ils t'en donnent éventuellement pour du matériel de construction, pour faire des travaux dans ta maison, mais pour rien de plus »

Carlos est un pizzaïolo ambulant de La Havane. Il réagit avec prudence à la réforme de Raul Castro annoncée il y a un mois.

A partir du 14 janvier prochain, deux contraintes importantes pour les Cubains qui veulent se déplacer à l’étranger seront supprimées : le permis de sortie et l’obligation d’une invitation par une personne résidant hors de l’île. La durée du séjour à l’étranger passera également de 11 à 24 mois. Une amélioration qui a cependant ses limites…

Pour beaucoup de Cubains, c'est comme une porte qui s'ouvre. Exit, les semaines d'attentes angoissantes dans l'espoir d'obtenir le fameux sésame : un permis de sortie du territoire la plupart du temps refusé, ou la lettre d'invitation de l'ami français ou américain qui n'arrive jamais. Désormais, tout Cubain ou presque, hormis quelques professions, pourra voyager avec un simple passeport en poche. Dans les rues de La Havane, la gazette officielle où est publiée la nouvelle loi se vend comme des petits pains.

Un homme dans la rue : « Voici la gazette officielle de la loi de migration. Aujourd'hui, un passeport et le visa suffisent ».

Après des années d'insularité forcée ou obligée, la plupart des Cubains rêve aujourd'hui de découvrir la planète et plus particulièrement, pour certains, de pouvoir toucher du doigt le monde capitaliste. Pour beaucoup, cette loi est une nouvelle étape dans l'ouverture du pays, comme Alberto, photographe, qui rêve de venir faire ses études en France dès février prochain.

Alberto : « Il y a beaucoup de générations qui, depuis que Fidel et Raul sont arrivés au pouvoir, attendaient une loi comme celle-là pour voyager. Cela fait si longtemps que les jeunes attendaient cela… Des générations entières ont été frustrées. Tous ceux qui rêvaient de sortir du pays. Tous ces professionnels à qui on a refusé le permis de sortir du territoire. On leur a empêché d'avoir des opportunités à l'étranger. Ca fait si longtemps que le Cubain rêve de ça… et maintenant ce rêve est un peu plus accessible. Pour ma part, mon projet c'est d'aller en France pour perfectionner la langue et obtenir les diplômes reconnus par le gouvernement français et dans le monde entier. Mon intention n'est pas d'émigrer, c'est juste voyager, pour les études, rendre visite à des amis, être un peu à l'étranger et rentrer chez moi ».

Reste que pour pouvoir partir à l'étranger, le Cubain devra d'abord obtenir un visa du futur pays d'accueil. Il devra aussi financer son voyage : un véritable défi dans un pays où le salaire moyen tourne autour de 15 euros par mois. C'est ce qu'estime Brenda, une danseuse afro, qui voudrait bien pouvoir s'entraîner en Afrique ou en Europe. Brenda Danseuse : «Je crois que cette loi n'est pas mal, mais ici, on dit que derrière chaque nouvelle loi, y a un piège. D’accord, on peut sortir, mais avec quel argent si le salaire que tu gagnes ne te le permet pas ? Finalement, même s’ils ne te demandent pas une tonne de papiers comme c'était le cas avant, maintenant, le problème c’est de trouver quelqu'un à l'étranger qui va financer ton voyage. Parce que tout seul, tu ne peux pas y arriver. » Pour beaucoup de Cubains, cette loi ne change pas grand chose, sauf de prendre déjà leur rêve pour la réalité.

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