Un reportage de Grégoire Pourtier, correspondant de Radio France Internationale en Ethiopie

La ferme éolienne d’Ashegoda, en Ethiopie
La ferme éolienne d’Ashegoda, en Ethiopie © Radio France / Grégoire Pourtier

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Souvent connue pour l’empereur Haile Selassié et les famines de ces dernières décennies, l’Ethiopie espère bien changer son image et devenir bientôt le champion africain de production d’énergie renouvelable.

Pour cela, sa principale ressource est l’eau. D’énormes barrages hydroélectriques sont en cours de construction, mais le pays développe les énergies propres tout azimut. Solaire, géothermal… et donc éolien.

La ferme d’Ashegoda est la plus puissante d’Afrique sub-saharienne, avec ses 120 Mégawatts et sa production de 400 Gigawatts/h par an, de quoi alimenter en électricité 3 millions d’Ethiopiens.

A 2200 mètres d’altitude, le vent souffle fort, souvent à 9 mètres/seconde.

Des conditions idéales pour installer une ferme éolienne et alimenter un peu plus une production énergétique éthiopienne exponentielle, mais toujours verte.

Pour Fissea Gebremickael ,de la Société nationale d’électricité, il n’y a pas eu de résistance malgré l’incongruité dans le paysage bucolique de ces 84 mâts de 70 et 80 m de haut :

En Europe, les gens disent qu’ils sont gênés au niveau visuel, ou sonore. Ils ne veulent pas voir d'éoliennes en face de leur maison ou le long de la route. Mais ici, c’est différent. Tout le monde est content car on sait que ce projet soutient le développement rapide de notre économie, vous voyez ?

L’énergie est un moteur.

Un moteur puissant : l’Ethiopie vise 10 GW de production totale d’ici 2015, et 40 GW à l’horizon 2035, ce qui permettra de rattraper le retard d’électrification, mais aussi de revendre de la capacité aux pays voisins. De ce vaste projet entièrement renouvelable, l’éolien ne représente qu’une infime partie.

Mais il est fiable et complémentaire des barrages hydroélectriques.

Fissea Gebremickael :

L’Ethiopie est le premier pays à véritablement prendre en compte l’écologie dans sa stratégie de croissance économique. Le gouvernement s’est engagé à ce que le développement du pays n'affecte pas l’environnement. Cette ferme éolienne prouve une fois de plus qu’il est possible d'augmenter notre production d’électricité grâce aux énergies renouvelables.

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Ayant décroché le contrat pour 120 millions d’euros, la société française Vergnet, spécialiste des missions en terrain difficile, a toutefois eu à affronter de nombreuses péripéties.

Naturelles, quand la seule route d’accès de l’équipement, via le port de Djibouti, s’est effondrée, et qu’il a carrément fallu en reconstruire des portions provisoires. Ou encore politiques, comme le raconte Ludovic Dehondt, responsable du projet pour la PME :

Vous avez vu, on est juste à côté de l’aéroport de Mekele qui, après la signature du contrat, s’est transformé en aéroport international. Et donc l’aviation civile éthiopienne a eu des nouvelles contraintes…__ La société n’a alors pas le choix. Soit elle remballe malgré le début des travaux, soit elle s’adapte sans extension des délais ou du budget.

Ludovic Dehondt :

On a tout un parc d’éoliennes qui a dû être déplacé, et qui a dû être mis beaucoup plus au nord, là derrière. C’est un site qui est beaucoup plus turbulent, puisqu’en fait il est beaucoup plus montagneux. Et c’est la raison pour laquelle on n’a pas mis des éoliennes Vergnet, on a mis des éoliennes Alstom, prévues pour résister à ces vents plus turbulents.

Alstom sous-traité par une PME, c’est cocasse. Mais l’essentiel est bien que les 120 MW de puissance installée soient désormais disponibles, puisqu’une majorité de la population éthiopienne n’a toujours pas accès à l’électricité.

Le développement éthiopien par les énergies renouvelables
Le développement éthiopien par les énergies renouvelables © Radio France
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