Un reportage de Thibaut Cavaillès, à Tunis, en Tunisie

Mariage collectif
Mariage collectif © Radio France / Thibaut Cavaillès

Khaled est un homme heureux ! Et avec lui, celle sa future femme bien sûr, mais aussi 20 autres couples, lors d’un mariage collectif, un soir de septembre près de Tunis, dans un hippodrome…

Cette coutume connue dans le monde musulman permet à plusieurs couples de s'unir le même jour dans un même lieu à moindre frais.

Aujourd'hui, la Tunisie libérée de Ben Ali et de ses positions anti islam, se met à organiser elle aussi des cérémonies de ce genre avec, peut-être en arrière pensée, des visées politiques.

Ils sont arrivés dans un petit train touristique, partis du centre de Tunis pour rejoindre l'hippodrome aux gradins remplis, décoré, rythmé par la musique.

Dans les wagonnets, 21 couples. Certains ont l'air gêné devant les caméras d'Al Jazeera, un peu honteux de n'avoir pas pu se payer eux-mêmes leur mariage.

Khaled, lui, est tout sourire. Il assume et remercie l'association Afef (« chasteté », en arabe), d'avoir aidé la mariée à constituer son trousseau.

Khaled : « Ils ont donné la chambre à coucher, ils ont donné la cuisine, ils ont donné la TV… »

Khaled, en couple depuis 4 ans, est tombé il y a quelques temps sur un prospectus à la sortie de la mosquée, pour l'aider à se marier. Sélectionné, il n'aura pas déboursé un centime.

Une aide salvatrice dans un pays où les familles n'acceptent une union que si l'avenir du foyer est assuré et où les cérémonies doivent être fastueuses.

Medi Amine est le coordinateur général de l'association Afef.

Medi Amine : « Ce qu’on est en train de faire, c’est encourager le mariage sain, le mariage clair, pas à tort et à travers et à droite et à gauche, non ! Il faut prendre quelqu’un qui peut être responsable d’une famille et qui a un certain niveau. On ne peut pas prendre quelqu’un qui est au chômage quand même ! Ensuite, très important, on demande l’autorisation de leurs parents ! »

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Pourtant, en demandant à notre heureux époux Khaled, on s'aperçoit que niveau emploi, finalement...

Khaled : « Pour l’instant, le travail, pas tellement. C’est ça qui me manque. On espère bien qu’ils nous aident à trouver un boulot, mais pour l’instant, pas encore »

Ce premier mariage collectif d'envergure en Tunisie a suscité une interrogation : il semblerait qu’Ennahda, le parti islamiste majoritaire au pouvoir, soit derrière cette opération. Les organisateurs, dont Medi Amine, s'en défenden.

Medi Amine : « Non non non, c’est pas ça du tout »

Même si le ministre Ennahda des affaires religieuses y va de son discours, même si dans la tribune officielle, quatre ministres du parti sont présents, ainsi que le président du groupe islamiste à l'Assemblée, et même si dans les gradins, ouverts à tous, beaucoup sont des proches d'Ennahda, dont Nousseiba qui, sans le vouloir, en dit peut-être un peu trop.

Nousseiba : « Ennhada a pris l’initiative, on lui dit bravo. Peut-être que pour l’avenir, d’autres organisations vont le faire »

Khaled, lui, assure ne pas être au courant d'une quelconque implication d'Ennahda. Et quand bien même, si cela devait être le cas...

Khaled : « De toutes façons, c’est moi le gagnant.C’est sympa, c’est gentil si c’est eux »

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