Un reportage de Laurie Fachaux, à Santiago du Chili

Francisco Valenzuela :

Je suis agriculteur depuis 30 ans. Depuis 30 ans, on a eu nos semences, on les a multipliées. Aujourd’hui, si la loi est approuvée, on ne pourra plus continuer à le faire, ça c’est clair. On devra acheter les semences que les multinationales voudront nous vendre.

Une manifestante le 12/10/13. "Non à la loi Monsanto. Je ne veux pas d'OGM."
Une manifestante le 12/10/13. "Non à la loi Monsanto. Je ne veux pas d'OGM." © Laurie Fachaux

Francisco Valenzuela est agriculteur et comme des centaines d’autres personnes, il a défilé samedi dernier dans les rues de Santiago du Chili. Un mouvement également suivi dans 52 pays du monde, contre Monsanto, cette entreprise qui vend des semences transgéniques.

Au Chili, le Sénat devrait bientôt se prononcer sur une loi qui prévoit d’obliger quiconque à enregistrer chaque graine nouvelle ou jamais brevetée jusque là, comme celles qu’utilisent depuis des siècles les peuples autochtones comme les Mapuches.__

Selon certains, cette loi rebaptisée « Monsanto » est une manière, pour le géant américain, d’obtenir le monopole des semences au Chili, et de punir quiconque les utilise sans autorisation.

El Monte, à 50 kilomètres de la capitale Santiago. Renato Garcia élève des poules. Il les nourrit avec un type de maïs biologique qui n’existe qu’au Chili,

La loi de protection des obtentions végétales dite loi Monsanto, il ne veut pas en entendre parler. Car son maïs se transmet gratuitement de génération en génération.

Renato Garcia :

Nous on va continuer à garder et à reproduire nos semences, même si on nous dit qu’on n’a pas le droit ! On vit de cela, c’est notre source de revenu. Nos poules s’alimentent du maïs que nous produisons. Nous cultivons 2 hectares d’une variété ancestrale : le maïs camélia. Je l’ai obtenu par un vieil agriculteur qui vit près de chez moi à la Isla de Maipo.

Si la loi Monsanto est votée, les agriculteurs ne pourront plus échanger leurs graines et perdront la liberté de les réutiliser d’année en année. C’est ce que dénonce Ailén Camacho, producteur de fruits et légumes :

  • Actuellement, avec la loi en vigueur, si j’achète une graine, la récolte est à moi. Et je peux de nouveau planter cette graine. Mais si cette loi est votée, je ne pourrai plus faire cela avec une semence protégée. Je devrai acheter des graines tous les ans.

-Laurie Fachaux: c’est cher d’acheter une graine ?

  • Oui, bien sûr ! 500 grammes de semence coûtent à peu près 150 euros, et selon ce que tu veux semer, tu as besoin de plusieurs kilos par hectare.

Hernan Larraín, sénateur de droite , a voté pour ce projet de loi au sein de la Commission agricole, car pour lui, il est normal de breveter toute nouvelle innovation:

Quand quelqu’un obtient un brevet parce qu’il a modifié une plante -qui d’une certaine manière est nouvelle-, il a droit à la propriété intellectuelle ! Comme l’auteur d’un livre ou d’une musique, comme n’importe quel créateur ! Cette reconnaissance est nécessaire. Elle sert à stimuler la recherche et développement au Chili, et aussi à protéger ces créations.

Francisco Valenzuela rejette cet argument. Pour cet agriculteur chilien, et membre du réseau des semences libres en Amérique latine, l’équation est simple :

On voudrait pouvoir continuer à utiliser nos semences, ces semences que l’on a utilisées depuis toujours, et continuer à les donner, à les vendre et à les échanger librement.

Depuis plusieurs mois, les organisations sociales se mobilisent. Une pétition signée par plus de 2 millions de Chiliens a été envoyée aux sénateurs.

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