Un questions-réponses réalisé avec Clarence Rodriguez, en direct de Riyad, en Arabie Saoudite

Roi Abdallah II de Jordanie
Roi Abdallah II de Jordanie © Radio France / MEDEF

Pour la deuxième fois de son histoire, l’Arabie Saoudite organise des élections municipales. Elles auront lieu le 29 septembre prochain.

La moitié des sièges des conseils municipaux sera renouvelée par les élections et le roi Abdallah nommera l’autre moitié des sièges. Comme en 2005, les femmes sont exclues du scrutin, ce qui suscite leur amertume et leur colère.

De l’amertume, de la colère, et j’ajouterais une profonde déception, du moins chez toutes celles qui ont signé la pétition lancée sur Internet début janvier, et qui revendiquent le droit de vote et d’éligibilité pour les femmes. D’autant qu’en mars dernier, lorsque le ministère des Affaires municipales et rurales annonçait l’organisation d’élections, cette annonce résonnait, comme un espoir, une première concession politique au mouvement de contestation en cours dans le monde arabe. « Six mois plus tard, il n’en est rien », d’après Noura et Hatoon, ferventes militantes de la cause féminine en Arabie Saoudite. Et d’ajouter qu’elles ne veulent surtout pas se contenter de « fausses allégations ». Pour tenter de justifier son refus, le ministère des Affaires municipales et rurales se réfugie derrière la sacrée loi sacrée de la non-mixité, prétextant des «problèmes matériels ». Mais encore aurait-il fallu prévoir des aménagements spécifiques dans les bureaux de vote pour les femmes.

De plus, sachant que dans le décret de 1977, qui prévoit l’organisation d’élections municipales, rien n’interdit la participation des femmes. Il y a quelques mois, à l’occasion d’une interview que m’accordait la Princesse Adelah, fille du Roi Abdallah, celle-ci nous confirmait avec optimisme : « Cela passera par le droit de vote pour les femmes et par leur nomination au sein des conseils municipaux ». Et d’ajouter que « les femmes participent déjà à d’autres élections comme celles du Hadj Muttawa Etablishment àla Mecque, ou des chambres de Commerce ».

- Apparemment, ces femmes soutenues par des hommes ne veulent pas en rester là. Ils veulent agir ensemble !

Abderaman al Aynat, docteur en sciences politiques et membre du Majliis al Choura, est derrière le mouvement des féministes. Avec dix-huit autres membres du conseil consultatif, il a récemment remis une lettre au Roi Abdallah. Dans cette lettre, ils précisent que des mesures doivent être prises pour que les femmes participent aux prochaines élections et réclament purement et simplement le report de ces élections. Maha, une des signataires de la pétition lancée par Saudi Women Revolution sur le Net, m’expliquait hier que face à l’ignorance et l’arrogance des autorités, il fallait agir. Toutes exhortent les hommes à boycotter ces élections. Reste à savoir si elles seront entendues.

D’après une rumeur persistante qui circule depuis quelques mois dans Riyad, le Roi Abdallah pourrait intervenir, en nommant des femmes dans les prochains conseils. Ceci expliquerait la raison pour laquelle les élections initialement prévues le 22 septembre ont été reportées d’une semaine. Ce serait ainsi une façon, pour le souverain saoudien réformateur, d’emprunter un itinéraire bis afin de contourner diplomatiquement, le refus des ultra-conservateurs qui s’opposent fermement à la candidature de femmes aux scrutins locaux en Arabie Saoudite. Mais toutes les Saoudiennes, dubitatives, réclament désormais des actes concrets. Et non des promesses non tenues ! A J-14, ces élections s’annoncent pour le moins animées !

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