Un reportage de Pascale Guéricolas au Québec

Christiane Trudel: « Anciennement les Communautés religieuses s’occupaient des pauvres, des moins nantis. Maintenant on dirait qu’ils veulent s’occuper des mieux nantis ou devenir peut-être les mieux nantis . »

Carte Quebec
Carte Quebec © Radio France / PG

Christiane Trudel est présidente d’un comité de citoyens dans un des quartiers de la ville. Elle s’indigne face à la volonté de plusieurs congrégations religieuses de vendre leurs domaines. Ces grands espaces verts au cœur de la ville, excitent l’appétit des promoteurs immobiliers et donnent lieu à une consultation publique sur leur avenir. Les communautés religieuses ont longtemps pris en charge, la santé et l’éducation des citoyens, aujourd’hui elles cherchent des revenus pour prendre soin des sœurs et des frères très âgés.

Dans la grande salle où se discutent l’avenir des grands domaines religieux avec vue sur le fleuve Saint Laurent, les positions sont tranchées. D’un côté, les partisans de nouvelles constructions pour dynamiser un quartier vieillissant. De l’autre ceux qui rêvent d’un parc pour se souvenir de l’industrie navale au 19è siècle et des congrégations religieuses installées dans ce coin de la ville. L’avis de Julie Lacroix du Comité de citoyens.

Julie Lacroix, vice-présidente du Comité de citoyens de Sillery :« 90% a été construit. Il reste à peu près 10%. C’est très précieux ce qui reste. Alors il faut qu’il y ait des espaces verts. Et puis ce n’est pas n’importe quel espace vert, c’est un espace qui est très riche en histoire. C’est peut-être le temps de dire arrêtons et justement laissons le peu qu’il reste aux générations futures parce qu’il reste plus grand chose à protéger. »

Pendant plus d’un siècle, la nature a été préservée sur ces immenses propriétés appartenant à plusieurs congrégations religieuses. Les sœurs de Jésus-Marie y ont éduqué les jeunes filles. Les élèves sont encore là, mais les sœurs, 78 ans de moyenne d’âge, ont passé la main. Elles viennent de vendre leur domaine sans état d’âme pour 4 millions d’euros à des promoteurs, afin de financer les soins de santé pour leur communauté.

Sœur Céline Latulipe, de la congrégation de Jésus-Marie. «On a un choix à faire. Soit qu’on prend soin de nos sœurs âgées, ou bien on s’occupe d’un terrain. Nous on veut que nos terrains aient une juste valeur, et qu’on soit reconnues, qu’on puisse facilement être capables de vendre selon la valeur marchande actuelle. C’est notre bas de laine, c’est nos pensions, c’est l’argent dont nous avons besoin actuellement pour nos communautés vieillissantes. »

Prenant la parole publiquement pour une fois, plusieurs congrégations religieuses refusent de brader leurs terrains pour construire un parc. Tania Martin, professeur d’architecture à l’Université Laval et spécialiste en patrimoine religieux rêve, elle, d’une autre vocation pour ce grand espace vert en pleine ville afin de perpétuer le dévouement à la collectivité des congrégations.

Tania Martin, professeur d’architecture à l’Université Laval et spécialiste en patrimoine religieux :« La plupart, c’était la charité, c’était pour le bien d’autrui. Si on veut respecter le patrimoine, leur patrimoine d’une autre façon, ce serait de s’assurer que ces terrains-là, dans leur ensemble, soient mis au profit de la collectivité. J’aimerais mettre les promoteurs au défi de donner les terres, de les donner. On sait que la population est vieillissante, on sait qu’on va avoir besoin des soins palliatifs. Quel bel environnement pour offrir à ces gens-là qui ont besoin de soins palliatifs… »

Le ministère québécois de la culture doit décider d’ici le mois de juin de quelle façon le gouvernement va encadrer le développement urbain de ces immenses domaines.

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