Un reportage de Franck Mathevon, coorespondant de Radio France à Londres

Savage Beauty - Alexander McQueen
Savage Beauty - Alexander McQueen © Victoria and Albert Museum

On part à Londres ce matin visiter l’une des grandes expositions de ce printemps. Le Victoria and Albert Museum ouvre ses portes à un créateur de modes hors pair, mort il y a 5 ans, Alexandre MacQueen. « L’Enfant terrible » de la mode britannique entre au musée et inutile d’être un passionné de mode pour apprécier.

A chaque salle est associée une ambiance sonore. Alexandre MacQueen ne créait pas seulement des tenues magnifiques et extravagantes, il imaginait des atmosphères pour chacun de ses défilés et c’est ce que propose aussi cette exposition : un voyage dans les différentes collections du surdoué anglais.

On passe ainsi d’une pièce parcourue de miroirs présentant des vêtements d’inspiration gothique à une salle sombre couverte d’ossements humains dédiée à la fascination de MacQueen pour le monde animal.

L’expo raconte l’inventivité du Londonien, son insatiable curiosité. Il a eu recours à des matériaux extrêmement variés, certains jamais utilisés avant lui. Bien plus qu’un simple créateur de mode, selon Kate Bethune, spécialiste de McQueen, qui a participé à l’exposition.

Kate Bethune, spécialiste d'Alexander McQueen :

C’était vraiment un artiste dont le mode d’expression était la mode. C’était un styliste très complexe. Ce qui le rend si influent, c’est sa manière de provoquer en créant des silhouettes nouvelles, par exemple le pantalon « Bumster », taille basse, qui allonge le buste et dévoile le bas du dos. Il stupéfiait le monde de la mode par l’extraordinaire variété des matériaux qu’il utilisait. Outre les nombreux tissus, il pouvait utiliser du verre ou des coquilles de moules ! Ça fait de lui un créateur fascinant. Mais le plus important pour lui était le défilé. Des shows intenses, puissants, faits d’émotion pure, d’installations d’avant-garde, qui ont fait de lui un styliste totalement à part parmi ceux de sa génération.__

L’exposition est superbe. On reste bouche bée dans une salle baptisée Le Cabinet de curiosités, très haute de plafond, une sorte de bibliothèque d’accessoires de mode.

Mais aucune des dix salles ne nous parle de l’homme McQueen, de son attitude souvent provocatrice, de sa vie sulfureuse qui a souvent fait le miel des tabloïdes anglais et s’est terminé par un suicide en 2010. Ses créations parlent pour lui, estime Kate Bethune

Kate Bethune, spécialiste d'Alexander McQueen :

Sa vie faisait partie de son art qui était souvent très autobiographique. Il disait souvent que ses défilés étaient comme une thérapie pour lui, un moyen de mettre en application toutes les idées qui lui traversaient l’esprit pour les présenter au monde. Oui, ces défilés étaient provocateurs, oui ils créaient la polémique, oui ils étaient parfois choquants avec des références très crues et directes. Mais il y avait toujours un point de vue. Il y avait toujours un sens.

Encore faut-il saisir ce sens… L’exposition, intitulée « Beauté Sauvage », donne très peu d’indices, mais on ne vient pas ici pour étudier l’influence de McQueen sur la mode anglaise, pour découvrir sa biographie : on vient avant tout pour admirer son œuvre.

L'exposition "Savage beauty" d'Alexander McQueen's au musée Victoria et Albert, à Londres.
L'exposition "Savage beauty" d'Alexander McQueen's au musée Victoria et Albert, à Londres. © ANDY RAIN/epa/Corbis

L’exposition « Savage Beauty » consacrée à Alexandre McQueen est ouverte jusqu’à au 9 août au Victoria and Albert Museum à Londres.

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