Reportage de Grégoire Pourtier, correspondant en Éthiopie

*Thomas Cherenet, directeur de la lutte contre la mouche tsétsé et la trypanosomiase en Éthiopie :**

(* Maladie du sommeil)

Nous nous approvisionnons en sang à l’abattoir d’Addis Abeba. A l’exception du mardi et du vendredi, nous récupérons chaque jour au moins 128 litres. Et nous utilisons quotidiennement de 50 à 65 litres pour nourrir la population que nous avons ici… __

Quelle population Thomas Cherenet peut-il bien nourrir de sang ? Et bien, il s’agit de mouche tsétsé. Car oui, l'Éthiopie élève des mouches tsétsés.

L’insecte ravage pourtant l’Afrique, et 1/5 du territoire éthiopien est lui-même infecté.

Hors, là où sévit la mouche tsétsé, et donc la trypanosomiase, la fameuse « maladie du sommeil » qu’elle véhicule, les cheptels trépassent et cela peut même être dangereux pour l’homme.

Bref, le développement y est quasi impossible. Alors pourquoi L'Éthiopie élève-t-elle des mouches tsétsés ? Pour le savoir, visite de l’usine en périphérie d’Addis Abeba.

De l’extérieur, le bâtiment ressemble à une usine classique, mais à l’intérieur, les grands plateaux entreposés dans les rayonnages en inox grouillent bien de mouches tsétsé.

Juste en dessous, des plaques sont recouvertes d’une curieuse pellicule.

Thomas Cherenet :

C’est de la peau artificielle, sous laquelle on va introduire du sang. Ainsi, les mouches vont piquer ici et se nourrir… Tout est automatisé. On va juste faire glisser le plateau… La température est à 37°, la température extérieure d’un animal. Donc les mouches vont penser qu’elles sont sur un animal et se mettre immédiatement à sucer. __

Directeur de la lutte contre la mouche tsétsé et la trypanosomiase en Éthiopie, Thomas Cherenet détaille le processus d’élevage de l’insecte, mais reste le pourquoi : Pourquoi produire ainsi des tsétsés, et en plus pour libérer les mâles dans la nature ensuite ?

En fait, ces mâles auront préalablement été rendus stériles.

Thomas Cherenet :

La femelle ne s’accouple qu’une fois au cours de sa vie, une seule fois. Alors si elle rencontre d’abord un mâle stérile, elle ne pourra plus s’accoupler avec un mâle sauvage, qui lui est fertile. Et ainsi, il n’y aura pas de production de larve. __

Reste à savoir comment on empêche les mâles d’être fertiles, mais aussi comment l’on s’assure qu’ils ne transmettront pas la maladie. Et là, il s’agit de haute technologie.

Pour décontaminer le sang et rendre les mâles stériles, on utilise en effet un radiateur nucléaire. L'Éthiopie vient même de se doter d’une nouvelle machine, encore plus moderne et plus puissante.

Thomas Cherenet :

Voici le centre de commande. Toutes les actions sont centralisées ici. Jusqu’à présent, nous avons un petit problème pour calculer la dose nécessaire pour irradier le sang. De quelle quantité nous avons besoin ? Pendant combien de temps ? Idem pour les mouches, nous devons nous ajuster. Nous allons continuer à travailler avec le petit irradiateur tant que nous n’aurons pas les garanties avec celui-ci.__

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La méthode des mâles stériles a, elle, fait ses preuves. Après avoir éliminé 95% des mouches tsétsé dans une zone, bloquer ainsi le processus de reproduction des dernières survivantes serait même le seul moyen d’éradiquer finalement l’espèce.

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