Un questions-réponses réalisé avec Sophie Guesné, en direct de Pristina, au Kosovo

Référendum à Mitrovica, Kosovo
Référendum à Mitrovica, Kosovo © Sophie Guesné / Sophie Guesné

Le Kosovo célèbrera demain ses quatre ans d’indépendance. Une indépendance que la Serbie refuse toujours d’admettre pour cette République, qui n'est reconnue que par une partie seulement de la communauté internationale (87 pays don 22 membres de l'U.E). Où en est ce pays, qui n'a que quatre ans ?

A son actif, le Kosovo a aujourd’hui sa constitution, il continue peu à peu de construire ses institutions, sa police se développe… La Kfor, la force de l’Otan, a doucement engagé son retrait, mais les internationaux restent très largement présents. Trop présents pour certains qui, comme le mouvement d’opposition « Auto détermination », rêvent d’une pleine souveraineté.

Son leader, Albin Kurti, regrette également l’absence d’intégrité territoriale et de croissance économique. Le chômage reste élevé, estimé à plus de 40%.

Enfin, dans les communes à majorité serbe, les structures parallèles restent présentes. Elles sont financées par la Serbie qui ne reconnaît pas l’indépendance du Kosovo. Il y a par exemple deux mairies : l’une reconnue et financée par Pristina, l’autre par Belgrade, et elles se considèrent respectivement comme illégale. Il y a également deux écoles, ou deux systèmes de soins – l’un serbe, l’autre albanais.

- Pourtant depuis mars dernier un dialogue s’est ouvert entre la Serbie et le Kosovo, mené sous l’égide européenne…

Oui, mais il s’agit avant tout de « discussions techniques ». Comprendre : non politiques. On parle télécommunications, énergie, liberté de circulation, mais on évite soigneusement les questions qui fâchent, comme le statut du Kosovo. Dans ces négociations, Pristina discute d’égal à égal avec un autre Etat souverain, alors que Belgrade parle à l’une de ses provinces. Au milieu de tout cela, Bruxelles joue les arbitres, promettant à la Serbie le statut de candidat à l’Union européenne et au Kosovo la libéralisation des visas pour l’espace Schengen.

- On estime qu’aujourd’hui, 5 à 10% de la population du Kosovo est serbe. Qu’en est-il de leur situation ?

Quand on parle des Serbes du Kosovo, il faut distinguer deux cas de figure : celui des enclaves, et celui du Nord.

Si, au sud, les Serbes des enclaves coopèrent avec Pristina et sont plus intégrés -par choix comme par obligation, cela dépend-, au nord, ils refusent tout contact avec les institutions du Kosovo – aidés par leur position géographique et leur frontière commune avec la Serbie. Ils ont installé, depuis fin juillet, des barricades pour protester contre l’arrivée de douaniers kosovars et ont organisé hier et avant-hier un référendum.

A la question « Acceptez-vous les institutions, de la soi-disant République du Kosovo, installées à Pristina ? », 99,7% des électeurs qui se sont déplacés ont répondu « non » selon les premiers résultats. Si ce référendum est dénoncé par Pristina, par la communauté internationale, mais aussi par Belgrade, qui aimerait bien obtenir son statut de candidat le mois prochain, il a su mobiliser les habitants du nord Kosovo, inquiets pour leur avenir et soucieux de faire entendre leur voix, alors qu’ils n’ont aucun représentant direct à la table des négociations.

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