Les disparitions forcées, c’est peut-être pire que d’apprendre la perte d’un proche, dans le premier cas on sait que c’est fini qu’il n’y plus rien à faire, dans le second le deuil est impossible… l’absence, l’inconnu sont d’autant plus douloureux….

Nous sommes en Egypte et nous venons d’entendre Ibrahim El Wali, un père de famille dont le fils a été enlevé par les autorités égyptiennes il y a deux ans et demi, le 8 juillet 2013. Par trois fois, il a appris que son fils était vivant grâce à des informations données par des codétenus, mais jamais il n'a pu lui rendre visite. La question des disparitions forcées - c’est-à-dire la soustraction arbitraire d'un citoyen par les services de sécurité et sa détention secrète - est devenue en Egypte l’une des préoccupations principales des organisations de défense des droits de l’homme. Des ONG qui estiment à 2000 le nombre de disparitions forcées depuis le début de l’année 2014. Un moyen pour le pouvoir d’effrayer la population égyptienne, et de mater toute tentative d’opposition.

Au Caire le reportage de François Hume-Ferkatadji

La photo de son fils photo est imprimée sur une feuille volante un peu froissée. Ibrahim el-Wali ne la quitte depuis qu’il a perdu la trace de son enfant qui avait alors 18 ans. Pour supporter les jours qui passent et créer un réseau de solidarité, Ibrahim a créé l’association des victimes de disparitions forcées

Il y a des familles où les enfants demandent « où es mon père? », mais il n’y a aucune réponse à cela…. C’est une tragédie… Il y a peu, un homme s’est suicidé. Désespéré d’être sans nouvelle de son fils qu’il a cherché pendant des mois…

Moktar Mounir est avocat et travaille pour l’association pour la liberté de pensée et d’expression

L’année 2015 est l’année ou l’on a dénombré le plus grand nombre de disparitions forcées, les gens sont enlevés dans la rue, chez eux, ou sur leur lieux de travail. Ils sont emmenés dans des endroits inconnus, ils n’ont pas d’avocat, ils réapparaissent le plus souvent dans les tribunaux avec des charges montées contre eux, ou parfois ils sont relâchés dans la nature sans un mot.

La plupart du temps, la police cherche à mettre sous silence des opposants ou à obtenir des noms, des informations diverses… Les actes de tortures sont courants. Au mois de novembre, un homme a été torturé à mort dans une prison de Louxor, plusieurs centaines de personnes ont défilé dans les rues. Mohamed Zakry directeur de l’Institut Cairote pour les droits humains.

On essaye de tirer la sonnette d’alarme, il ne peut pas y avoir de stabilité, ou de développement économique lorsque les droits de l’homme sont violés comme ça. Si ces abus systématiques continuent, nous risquons le chaos, parce que la violence d’état entraine la violence de la population en retour.

Le pays a récemment été secoué par le meurtre d’un doctorant italien de 28 ans, dont le corps a été retrouvé supplicié, gisant dans un fossé, en périphérie du Caire. Les activistes y voient la marque de violences policières.

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