Un reportage d’Eric Samson, dans les îles Galapagos

Carlos Valle : “C’est très émouvant. On entend parler tous les jours d’espèces disparues ou en voie de disparition et là, c’est le contraire. Une espèce que l’on croyait éteinte depuis 150 ans est de retour”

Tortue des Galapagos
Tortue des Galapagos © Chizuka2010

Carlos Valle, docteur en Ecologie et Conservation originaire des Galapagos, au large de l’Equateur, parle d'une espèce de tortue géante de l’île de Floréana, que l’on pensait disparue depuis plus d’un siècle. L’an dernier, le Parc national Galapagos et l’université de Yale ont organisé une expédition dans un volcan de l’île d’Isabela pour rechercher des hybrides d’espèces de tortues disparues. Les résultats de leurs recherches ont dépassé leurs espoirs.

Cela faisait longtemps que les scientifiques étaient intrigués par la population des tortues du volcan Wolf, sur Isabela. Les individus qu’ils rencontraient paraissaient en effet provenir d’espèces bien différentes. Pour le biologiste Carlos Valle, l’explication se trouve dans les livres d’histoire.

Carlos Valle : « Le volcan Wolf était comme un grand corral où les pirates et les baleiniers mettaient les tortues pour pouvoir ensuite les récupérer facilement. Selon les historiens, il y avait à l’époque de nombreuses batailles navales. Quand les pirates devaient s’enfuir rapidement et que leur navire était trop chargé, la première chose qu’ils faisaient, c’était jeter les tortues par-dessus bord, et les courants les faisaient dériver jusqu’à la côte et les volcans

Ces quelques spécimens abandonnés dans le Pacifique ont ainsi commencé une nouvelle vie, sur une nouvelle île. Les résultats des tests ADN financés par l’Université de Yale ont permis de découvrir des gènes d’une espèce qui avait disparu de la face de la Terre selon Washington Tapia, directeur du programme de Conservation et développement Durable du parc national Galapagos.

Washington Tapia : « On pensait que l’espèce de tortues géantes de Floreana avait disparu depuis 150 ans, car ce sont les tortues qui ont été le plus utilisées comme nourriture par les pirates et les baleiniers occupant l’archipel. Le dernier spécimen vivant a probablement été vu par Charles Darwin »

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Des carapaces conservées dans des musées ont permis aux scientifiques de confirmer l’existence de nombreuses tortues ayant des gènes de l’espèce de Floreana dans des proportions allant de 20 à 50%. Assez pour lancer un projet de récupération de l’espèce.

Washington Tapia : « Nous allons faire des recherches et choisir, avec l’Université de Yale, les tortues mâles et femelles génétiquement les plus pures pour commencer un programme de reproduction en captivité. L’idée serait de repeupler l’île de Floréana avec son espèce de tortue originale. Au début ces tortues seront des hybrides, mais au fil des générations, nous espérons pouvoir récupérer l'espèce pure »

Attention, tout de même, à ne pas trop s’emballer, prévient la biologiste de l’Université San Francisco de Quito Stella de la Torre.

Stella de la Torre : « Ce n’est pas si facile de reconstituer une espèce à partir de quelques individus. En tout cas, il est très intéressant de savoir qu’une partie de ce matériel génétique existe toujours sur l’île d’Isabela »

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Carlos Valle, lui, se veut plus optimiste. Il note que les tests de sang n’ont pas tous été terminés et que plus de 80% de la population de tortues du volcan Wolf doit toujours être testée.

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