Un reportage de Sébastien Farcis, correspondant de Radio France Internationale à Bombay, en Inde

Davinder Kaur, mère d’une jeune victime :

C’est arrivé le jour de son mariage. Ma fille était au salon de beauté quand des hommes sont arrivés. Ils l'ont appelée par son nom. Quand elle a répondu, ils lui ont jeté de l'acide au visage.

Davinder Kaur est depuis trois jours au chevet de sa fille, qui a été attaquée par des membres de sa future belle famille, opposés à son mariage. Les associations estiment qu'en Inde, chaque semaine, trois femmes sont victimes d'attaque à l'acide. Un crime en général perpétré par des amoureux éconduits ou jaloux. Suite à l'énorme révolte populaire qui s'est soulevée en Inde contre les violences faites aux femmes cette année, le parlement indien a récemment référencé ce type de crime, qui est maintenant passible de 10 ans de prison minimum.

Mais le calvaire des survivantes continue, d’autant plus douloureux que l'Inde manque d'hôpitaux pour traiter ces grands brûlés. L'un d'entre eux, ouvert il y a 4 ans à la sortie de Bombay par un chirurgien militant, offre un nouvel espoir aux victimes.

Reportage dans cet hôpital, par le correspondant de RFI en Inde, Sébastien Farcis

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Davinder Kaur, mère d’une jeune victime :

Elle était tellement belle. Sa peau était claire et pleine d'éclat. Beaucoup d'hommes la convoitaient. Maintenant, son visage est détruit. Il est recouvert d'un masque pour éviter les infections et elle ne respire que grâce à un tube.

Davinder Kaur est assise dans une petite salle d'attente, et tient dans ses mains une photo de sa fille, Harpreet, habillée en costume traditionnel. Cette jeune femme de 24 ans se trouve entre la vie et la mort dans un bloc opératoire de ce centre national des grands-brûlés, en banlieue de Bombay.

Au bout de 5 heures d'opération,le chirurgien Sunil Keswani sort, inquiet :

Les brûlures sont si profondes. L'acide a brûlé la peau, la graisse et le muscle. Mais nous avons pu commencer à lui greffer de la peau issue de notre banque pour éviter de nouvelles infections.

Cette greffe de peau étrangère est LA raison pour laquelle la famille Kaur est venue depuis le Pendjab, à 1600 km de là, pour soigner Harpeet. Cet hôpital est le seul dans toute la région du sud-asiatique à détenir et alimenter une banque de peau disponible pour ces greffes, grâce au don de la technologie de collecte par la banque de peau européenne. Nigam Deh est le responsable de cette réserve :

Nous disposons d'une équipe munie d'un kit spécial, qui peut partir récolter de la peau d'un donneur qui vient de décéder. Cette opération ne défigure pas le corps, elle blanchit à peine son apparence. Nous pouvons ensuite la garder pendant 3 à 5 ans. Ce qui est exceptionnel, c'est que n'importe quelle peau saine peut ensuite être greffée sur un patient.

Cet hôpital moderne de 50 lits traite en majorité des patients brûlés suite à des accidents ménagers ou industriels, et ceux-ci viennent du Bangladesh, des pays du Golfe, voire même du Nigéria pour bénéficier de ces greffes. Mais une attention particulière est apportée aux victimes d'attaque à l'acide, et à leur traumatisme, grâce à une cellule psychologique spéciale. Le docteur Keswani opère également la moitié de ces patientes gratuitement :

Ce que ces femmes veulent, c'est juste retrouver une apparence normale. Or, cela prend du temps. Du coup, elles sombrent dans la dépression et certaines se suicident. Le plus difficile pour moi est donc de leur redonner l'espoir de vivre.

Cet hôpital manque aussi cruellement de dons de peau pour pouvoir soigner toutes les victimes, et mène des campagnes pour les encourager.

Quant aux responsables de l'attaque de la jeune Harpeet, ils ont été arrêtés et ont reconnu leur crime. Ils encourent la prison à perpétuité.

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