Un reportage de Claire Martin, sur l'île Riesco, au Chili

Patricio Alvarado : « Sous nos pieds se trouve la plus grande réserve de charbon du pays. Il y en a environ 5 milliards de tonnes, ce qui correspond presque à la consommation annuelle de charbon dans le monde ! »

Ile Riesco, Chili
Ile Riesco, Chili © radio-france / Wikipedia

Patricio Alvarado gère la mine Invierno, la première de cinq méga projets de mines sur l’île Riesco. C’est d’ailleurs là qu’il se trouve, cerné par d’immenses pelleteuses. Située à130 kmau Nord-Ouest de Punta Arenas, cette île de Patagonie aux deux-tiers sauvage, abrite un parc national et est entourée d’une réserve marine.L’exploitation des mines de charbon menace donc dangereusement non seulement les habitants et leurs élevages, mais aussi la faune et la flore. Et le projet suscite donc depuis plusieurs mois des vagues de protestations au Chili.

Le temps semblait s’être arrêté sur l’île Riesco. Sur la partie habitée, une cinquantaine d’éleveurs d’agneaux vivaient sur des milliers d’hectares, coupés du monde. Depuis quelques mois, le silence a laissé place à une valse de camions. 400 ouvriers abattent les arbres, creusent la terre, construisent le port. Les 5 mines de l’île devraient fournir 80 % de la consommation de charbon du Chili pendant 30 ans. Un projet colossal, à ciel ouvert, approuvé par le gouvernement malgré une forte opposition dans le pays. La psychologue Ana Stipicic mène la lutte. Elle a grandi sur l’île Riesco.

Ana Stipicic : « L’impact environnemental est énorme. Construire une mine de500 hectares, c’est énorme. Elle va provoquer une dispersion de particules de charbon partout autour. Elle va générer des eaux acides contenant des métaux lourds qui vont affecter les eaux souterraines de l’île - que boivent les gens et les animaux -, jusqu’à la mer où se trouvent des dauphins - 4 espèces différentes -, des éléphants marins, des loups de mer, des baleines à bosse et des pingouins. »

Des impacts qui n’ont pas été évalués par la mine et n’ont pas été exigés par l’Etat.

Le projet est détenu par deux des entreprises les plus puissantes du pays, Copec et Ultraterra. Elles possèdent toute la chaîne de production : les mines, les navires, les centrales thermoélectriques qui transformeront le charbon en électricité dans le Nord du pays. Là aussi, selon Alex Munoz, directeur de l’ONG Oceana, les risques sont importants.

Alex Munoz : « Ce charbon est moins cher mais de pire qualité, c’est-à-dire qu’il chauffe moins et qu’il est plus polluant que celui que nous importons à l’heure actuelle. Des études montrent que le charbon de l’île Riesco contient beaucoup de mercure. Certains des échantillons analysés présentaient une concentration en mercure deux fois plus élevés que la concentration maximale acceptable pour l’environnement. Le mercure est hautement toxique. Quand on le brûle, il se libère sous forme de gaz et peut produire des problèmes neurologiques, des malformations de fœtus et des problèmes de reproduction. »

Le charbon est la source fossile qui émet le plus de gaz à effet de serre. Peu importe, le pays a besoin d’énergie, martèle le président Sebastian Pinera, qui détient, soit dit en passant, des actions au sein d’une des deux entreprises minières.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.