Un reportage de Fleur Sitruk à Jérusalem, en Israël

David Habebe : « Dans une semaine, nous allons lancer notre propre parti, nous, les Juifs venus d’Ethiopie. Nous sommes rejetés par la société israélienne, nous voulons l’intégration. Et nous mènerons la bataille, jusqu’au bout »

Sur la route vers Jérusalem
Sur la route vers Jérusalem © Radio France

David Habebe est chef de parti pour défendre les droits des Ethiopiens d’Israël. Depuis un mois, les falashas, ces juifs éthiopiens arrivés en Israël dans les années 80-90, manifestent dans tout le pays, pour protester contre leur difficiles conditions de vie, et la ségrégation dont ils sont victimes. Ils sont environs 130.000 aujourd’hui en Israël, et la plupart vivent dans une très grande pauvreté, dans des quartiers devenus au fil du temps de véritables ghettos, avec des écoles et des services publics à part. Les Falashas réclament des mesures immédiates au gouvernement israélien, pour mettre fin à cette ségrégation.

Falashas, c’est le nom péjoratif qu’on leur avait donné en Ethiopie. Il désigne l’étranger, l’exilé. Et une fois de plus, ces juifs noirs se sentent étrangers dans leur propre pays.

Eyayue a marché 100 km pied nu depuis Natanya, et campe désormais avec d’autres Ethiopiens devant le domicile du premier ministre israélien à Jérusalem. Il ne bougera pas, dit-il, tant que le gouvernement ne prendra pas des mesures en faveur de la communauté éthiopienne.

Eyayue : « Avraham, Itzrac et Jacob, nos ancêtres, marchaient pied nus. Nos familles venues du Soudan n’avaient pas de chaussures non plus, ils allaient pied nus, malgré la souffrance et les plaies qui leur avaient été infligés. Ils ne rêvaient que de Jérusalem. J’ai marché pour honorer leur mémoire, mais aussi pour montrer que j’étais rejeté des israéliens, parce que je suis noir. A l’armée un sergent m’a dit 'toi le nègre, retourne dans ta jungle' ».

__

Ces juifs éthiopiens sont arrivés en Israël en deux grandes vagues, grâce à des ponts aériens et des opérations montées par le Mossad ; d’abord en 84 alors qu’ils fuyaient une terrible famine et vivaient dans des camps au Soudan, puis en 91.

Zabette a fait parti de cette dernière vague d’immigration. 20 ans plus tard, elle vit toujours dans une grande pauvreté. Elle habite Rehovot, une ville située à 40 km de Jérusalem, dans un quartier où vivent essentiellement des Ethiopiens.

Zabette : « L'immeuble est sale. Nous vivons dans deux pièces, avec mes six enfants. Mon frigo est vide, je ne gagne presque rien avec mon salaire de femmes de ménage.»

__

Même lorsqu’ils ont fait des études, la plupart des juifs éthiopiens sont cantonnés à des travaux de ménage ou de gardiennage.

David Habebe est arrivé d’Ethiopie à l’âge de 16 ans. Très jeune, il a commencé à militer dans le parti sionniste de droite, le Likoud, mais ne s’est jamais vu offrir aucune responsabilité dans le parti. Il a donc décidé de lancer son parti pour défendre les droits des Ethiopiens.

David Habebe : « On nous considère comme du bétail. Aujourd’hui en Israël ,il n’y pas de mixité entre blanc et noir, il y a une grande séparation, dont nos enfants souffrent. J’espère vraiment entrer au parlement comme député, pour faire changer les lois. Par exemple, je fermerai toutes les écoles qui refusent d’accepter les enfants d’origine éthiopienne. »

__

Les Falashas ont obtenu une première victoire en Israël, avec les fermeture d’une école réservée aux Ethiopiens dans la ville de Petah Tikva, et l’intégration de leurs enfants dans des classes mixtes .

L'équipe

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.