Un reportage de Caroline Vicq, à Buenos Aires, en Argentine

Luna, 16 ans : « Il y a beaucoup de gens de notre âge qui ont plus d’opinion politique que certains adultes. On a la même capacité de penser à notre futur et à la personne qui peut nous gouverner »

Luna, 16 ans, pourrait bien voter aux prochaines élections présidentielles en Argentine.

Car le pays débat en ce moment autour d’un projet de loi qui proposerait un vote optionnel pour les jeunes de 16 à 18 ans, afin de les impliquer davantage dans la vie politique. La population est en train d'être consultée par des commissions, au Sénat, pour connaître son avis.

1 386 000 jeunes de 16 à 18 ans pourraient voter dès 2013 pour la prochaine élection présidentielle, ce qui représente 5% du total des électeurs -pas suffisant pour faire gagner un candidat en particulier. L’argument des opposants à Cristina Kirchner, qui l’accusent d’opportunisme électoral ne tient donc pas, mais le projet de loi crée tout de même le débat.

Est-ce qu’un adolescent est capable de voter ?

Pour Marcelo Fuentes, président de la Commission des Affaires constitutionnelles du Sénat, la réponse est oui.

Marcelo Fuentes : «La jeunesse est le seul moment dans la vie où il peut y avoir de l’honnêteté intellectuelle, où un jeune veut comprendre le monde et agir indépendamment du fait que ces actions ou cette compréhension du monde lui conviennent ou non. C’est la seule étape. En fait il s’agit de commencer à être maître de son destin. De plus, toute extension des droits aura des effets multiples. Un jeune qui vote voudra demain être candidat, ou participer à une loi générale de la jeunesse. C’est ouvrir la porte à une demande et à une pression croissante. C’est un peu d’oxygène dans la politique. »

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Pour pouvoir voter, il faut aussi veiller à ce que tous les jeunes terminent leurs études secondaires, ce qui n’est pas le cas en Argentine.

Samuel Cavanchic, sénateur : « Les jeunes de 16-17 ans développent fortement leur participation publique à travers les moyens massifs de communication, Facebook, Twitter… Leur participation politique dans des partis ou dans les syndicats du lycée ou de l’université. Maintenant, qu’un jeune ait développé cette capacité pour choisir consciemment un dirigeant va dépendre des possibilités que la société lui propose. Donc il faut renforcer la possibilité que les études secondaires soient terminées par tous et que les inégalités de ressources s’estompent. On ne le voit pas encore vraiment en Argentine, mais on se dirige vers cela aujourd’hui : un peu plus de la moitié des jeunes termine le lycée »

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La majorité des jeunes sont d’accord pour voter et apprécient qu’on ne sous-estime pas les ados. C’est le cas de Nicolas et de Luna.

Nicolas : « Si un jeune peut choisir comment s’habiller, avec qui partager ses opinions, si un jeune peut prendre une décision politique dans son école ou comme militant dans une association ou un parti, pourquoi ne pourrait-il pas le faire au niveau national ? »

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Luna :« Ca me paraît bien que ce soit optionnel. Celui qui ne s’y intéresse pas ne va pas aller voter. Mais si je peux voter, je m’informerai beaucoup plus et ça me donnerait envie d’en savoir plus »

Après avoir écouté les avis divisés en commission, les sénateurs commenceront à débattre cette semaine des détails du texte. Ils devraient se prononcer sur le projet de loi fin octobre.

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