Un reportage de Pascale Guéricolas, à Montréal, au Québec

Samia :

Je suis venue ici parce que je ne veux pas que mes enfants souffrent comme on a souffert. On a toujours galéré pour trouver du travail alors qu’on a des diplômes. Donc on voulait venir ici parce qu’on a entendu, que le Québec, que le Canada est ouvert à tout.

Montréal 18
Montréal 18 © Radio France

Samia a quitté la France pour venir travailler comme aide-cuisinière au Québec en janvier dernier, pour ne plus souffrir de son nom arabe et du fait qu’elle porte le voile.

Mais comme d’autres citoyens, elle s’inquiète aujourd’hui de la Charte des valeurs québécoises proposée par le gouvernement. Car si l’égalité homme-femme et la laïcité proposées par ce texte font consensus, d’autres mesures divisent, comme l’interdiction de porter un voile, une kippa, ou une croix trop voyante pour les agents de l’Etat.

En quelques jours, près de 12.000 citoyens venus de tous les horizons politiques ont signé une pétition réclamant que le gouvernement renonce à l’interdiction de signes religieux ostentatoires dans la fonction publique. Si sa charte était adoptée, les enseignants, le personnel de crèche ou hospitalier devraient enlever les croix trop voyantes, le voile ou la kippa pour travailler.

Une décision que Pierre-Paul Côté, le président de l’association des retraités de l’enseignement , juge inéquitable pour les femmes :

La femme qui porte le hijab, il faut qu’elle soit capable de travailler dans la fonction publique, ou d’enseigner. Mais son mari qui a une grosse barbe noire, il va y aller. Je trouve ça déplorable parce qu’on va les remettre dans un ghetto. C’est encore des ghettos que l’on va faire.

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Beaucoup craignent que les femmes musulmanes ne soient exclues du monde du travail si elles sont obligées de se dévoiler. PourtantLucie Martineau, présidente du Syndicat de la fonction publique, maintient qu’il faut absolument que l’état offre des services neutres aux citoyens.

Cela permet à tous les citoyens du Québec de faire affaire avec l’Etat et de ne pas se sentir mal à l’aise. Pourquoi quelqu’un qui a besoin de services publics aurait déjà le préjugé de dire « il ne sera pas correct avec moi, parce qu’avec sa religion, il pense ceci, il pense cela ». Non, l’Etat, c’est neutre.

Samedi, la Coalition québécoise contre l’islamophobie a organisé une manifestation à Montréal, pour dénoncer la mise en place d’une Charte des valeurs. Cette jeune québécoise voilée refuse de retirer son foulard pour aller travailler.

Impossible ! Je suis née ici, je porte mon voile depuis pas longtemps, et je ne vais pas l’enlever. Et je vais vivre et travailler ici, et personne ne va m’en empêcher. C’est notre liberté que d’exprimer notre religion et la laïcité, ça ne veut pas dire la laïcité des individus, mais plutôt celle de l’Etat. __

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Une autre femme juive :

J’ai un garçon qui est à moitié juif et je veux qu’il puisse porter sa kippa s’il le veut, qu’il puisse travailler pour l’Etat s’il le veut. C’est multi culturel et c’est important. Et je pense qu’on n’est pas les premiers arrivés ici, il y avait des autochtones qui étaient là avant nous, donc on est très mal placés pour dire ce que sont les valeurs au Québec.

La discussion à propos de la Charte ne fait que s’amorcer, mais elle provoque déjà beaucoup de divisions. Sans compter que le texte risque d’être contesté devant les tribunaux.

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