Un questions-réponses réalisé avec Sébastien Farcis, en direct de Bombay, en Inde

Carte des enclaves de la frontière indo-bengladeshie
Carte des enclaves de la frontière indo-bengladeshie © Jeroenvrp

A la frontière entre l’Inde et le Bangladesh, dans ce que l’on appelle les «enclaves», des petits bouts de terre indiens enfermés dans le Bangladesh, ou inversement, depuis l’indépendance indienne et la séparation des deux territoires en 1947, plus de 50.000 personnes peuplent ces enclaves, dans un dénuement extrême.

Pour pousser les gouvernements à agir, des centaines d’entre eux viennent de mener une grève de la faim de plus de trois semaines.

A quoi ressemble l’existence de ces «enclavés» ?

Elle ressemble à un vrai cauchemar. Il y a en tout plus de 160 enclaves de quelques kilomètres carrés de surface chacune, qui sont réparties de chaque côté de cette frontière. Quand on regarde une carte, cela prend la forme d’un gruyère géographique, comparable au morcellement des territoires palestiniens.

Ce découpage improbable date du XVIIème siècle. Le problème, c’est qu’aujourd’hui, entre 50 000 et 100 000 personnes y sont quasiment enfermées, dans des conditions de vie terrible. Car ils ne bénéficient d’aucune aide de la part de leur pays d’origine, qui se trouve pourtant à quelques kilomètres seulement de là où ils habitent.

Cela veut dire aucun service public. La plupart de ces villages n’ont pas d’école, d’hôpital, voire même de centre de santé d’urgence. Et comme il n’y a aucune représentation diplomatique sur ces petits territoires, ils n’ont même pas de papier d’identité. Ils naissent donc souvent apatrides et ne peuvent pas sortir de leur village, car ils se retrouveraient alors en situation illégale dans un pays étranger.

- L’Inde et le Bangladesh n’ont jamais réussi à se mettre d’accord sur cette question ?

Un accord a bien été signé en 1974, au lendemain de l’indépendance du Bangladesh. Il prévoyait que les deux pays absorbent les enclaves qui se trouvent sur leur territoire. Les habitants, eux, pourraient alors choisir le pays dans lequel ils voudraient vivre.

Ca, c’est sur le papier. Car dans les faits, l’Inde n’a jamais ratifié cet accord et rien n’a bougé depuis 40 ans. New Delhi craint en fait que la grosse majorité de ces «enclavés» décident d’habiter en Inde, pays bien plus prospère que le Bangladesh.

Du reste, ce bouleversement démographique aurait pour conséquence de chambouler l’équilibre électoral dans les deux provinces frontalières, ce qui inquiète les élus régionaux des deux côtés.

- Les habitants de ces enclaves ont finalement décidé, il y a quelques jours, d’interrompre leur grève de la faim. Parce qu’ils avaient obtenu quelque chose ?

Non, rien de concret en tout cas, après plus de trois semaines de privations périlleuses. Un émissaire dépêché par le premier ministre indien est bien venu leur rendre visite la semaine dernière et leur a promis que cette question serait réglée, grâce à la visite du ministre indien des Finances au Bangladesh, le 5 mai prochain.

Mais les habitants ne semblent pas dupes : ils ont averti que leur mouvement reprendrait si rien ne changeait dans les mois à venir.

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