Repotage en Equateur d'Eric Samson

Carlos Andrès Vera : « L’Histoire se répète car l’Etat équatorien n’assume pas ses responsabilités. Parfois on se demande si certains fonctionnaires de l’Etat ne font pas exprès d’être incompétents pour que le génocide des peuples non contactés puisse continuer »

Carlos Andrès Vera, cinéaste équatorien, suit de près la situation des peuples indigènes en isolement volontaire. Il a réalisé un documentaire sur les Taromenanis. Ce clan non contacté vient d’être victime d’une tuerie perpétrée par d’autres indigènes. La situation est très tendue dans la région amazonienne de l’Equateur.

Boto Wenga Nano, le chant waorani qui exalte la vengeance. Le 5 mars dernier, le leader Waorani Ompore et sa femme sont tués à coup de lances, apparemment par un groupe d’indiens non contactés Taromenanis. Pourquoi ? Beaucoup de versions circulent. Pour les uns, Ompore n’aurait pas pu fournir les objets, haches et casseroles que les indiens en isolement lui réclamaient. Manuela Ima, leader des femmes Waoranis, a une autre version.

MANUELA IMA: « Je crois que quelque chose a eu lieu avant l’attaque du 5 mars. On pense qu’un hélicoptère a jeté de la nourriture, des machettes, des vêtements au-dessus d’une maison Taromenane. Qu’ils ont mangé et que deux personnes sont mortes »

Problème, malgré les avertissements des leaders Waoranis, l’Etat n’a pas réagi ou en tout cas pas assez vite selon David Romo, directeur de la station de recherche de l’Université San Francisco dans la région.

DAVID ROMO: « Le problème le plus grave c’est que le groupe de Huaoranis qui a répondu à l’attaque ne l’a pas fait de façon traditionnelle. Ils sont partis avec des armes à feu, des canoës, de la nourriture et ils se sont donnés le luxe de faire non pas une mais trois expéditions »

A leur retour, certains membres du commando se confient à des leaders Waoranis. Ils parlent de dizaines de victimes, jusqu’à 30, montrent des photos prises avec leurs portables. Ils reconnaissent avoir kidnappé deux petites filles de 3 et 6 ans qui se trouvent aujourd’hui dans une de leur communauté. Face au scandale qui augmente, certains reviennent sur leurs déclarations, sans convaincre les experts comme Carlos Andrès Vera.

CARLOS ANDRES VERA: « Selon les Huaoranis, ils ont trouvé les Taromenani dans la 2ème maison qu’ils ont attaqué. Ils les ont tués et ils ont kidnappé les deux petites filles Taromenani. Le procureur et le gouverneur ont dit qu’il n’y a pas de preuve de la tuerie parce qu’on n’a pas les corps. OK, Ce qu’on ne sait pas encore c’est combien il y a de morts mais la présence des deux filles est la preuve qu’il y a eu violence ».

Aujourd’hui, toutes les communautés Waoranis sont en alerte en prévision de possibles représailles. Alors que la Justice se bouge lentement selon Carlos Andrès Vera et David Romo.

CARLOS ANDRES VERA: « 16 Waoranis ont fait partie de l’expédition qui est partie venger son leader tué. Pas un seul n’a rendu son témoignage au procureur. On est pourtant en Equateur. Il y a des lois et les Waoranis savent très bien qu’ils ont fait quelque chose de mal.»

DAVID ROMO : « Ils jouent aux furieux. Ils menacent de tuer tous ceux qui rentreront sur leur communauté. Ils ont pris cette attitude belliqueuse pour que personne ne leur demande des comptes »

Une attitude qui leur a déjà servi. En 2003 après l’assassinat de 22 Taromenani par des Waos armés par des exploitants illégaux de bois précieux, le procureur n’avait pas donné suite à l’instruction parce que les victimes, indiens non contactés, n’avaient pas de carte d’identité.

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