Un reportage d'Odile Sarr à Dakar.

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Au Sénégal, depuis octobre, le gouvernement instaure progressivement une couverture maladie universelle. Cette mesure concerne dans un premier temps les enfants de moins de cinq ans. Mais à terme, le gouvernement veut cibler 75% de population. Dans le secteur informel précisément, les Sénégalais n’ont pas le réflexe de consulter un médecin conventionnel, ni d’adhérer à une mutuelle de santé.

Mbengue Ndiaye a la trentaine et habite la banlieue de Dakar. Cette femme bien portante vit de petits commerces informels. Chaque semaine, cette jeune dame consulte un médecin traditionnel pour atténuer ses problèmes d’hypertension et de diabète :

« Je n’ai pas les moyens d’acheter des médicaments. Ils sont chers pour moi. Je vais donc consulter des médecins traditionnels, qui me prescrivent des plantes médicinales. Ils me conseillent de prendre certaines feuilles, de les faire bouillir et cela peut faire baisser ma tension et même baisser le taux de glycémie dans mon sang. Je suis donc leurs conseils : j’achète des feuilles, des racines, je les fais bouillir, cela donne une boisson traditionnelle que je bois ».

Cette habitante de la banlieue ne constate pas d’évolution positive sur sa santé. Mais pour des raisons économiques, Mbengue Ndiaye évite la médecine classique :

« Avant, je pouvais dépenser jusqu’à 53 € pour acheter des médicaments en pharmacie. Mais avec la médecine traditionnelle, je dépense seulement 76 centimes d’euros par semaine.

Cela me convient vu ma situation : je n’ai pas de mari, je n’ai pas un vrai travail -je ne fais que vendre et acheter de manière informelle-, mes enfants vont à l’école…C’est pourquoi je n’ai pas vu un médecin depuis neuf mois ! »

Pour bénéficier de la gratuité des soins, il faut adhérer à une mutuelle de santé et cotiser en moyenne 10 € par an et par personne. Seulement ces structures communiquent peu et manquent de visibilité. Beaucoup de Sénégalais s’interrogent donc sur la viabilité de cette mesure. Comme Odile Sarr, une mère de famille :

« Au Sénégal, la communication fait toujours défaut. Je ne sais pas comment faire pour adhérer à une mutuelle de santé. J’entends souvent cela dans les grandes entreprises. Mais nous ici, on n’en a pas »

A quelques kilomètres de là, le centre de santé Gaspard Camara. Ici, les salles d’attentes sont bondées de patients. Le Dr Ndèye Maguette Ndiaye dirige cette structure. Ce médecin en est convaincue : la couverture maladie universelle permettra tout de même d’améliorer l’accès aux soins de santé :

« Quand quelqu’un tombe malade, le frein financier ne va plus exister. Donc le recours (aux soins) sera précoce. Quand le recours est précoce, la maladie est diagnostiquée précocement. A l’inverse, quand le malade vient, le pronostic vital est en jeu. Et l’on doit débourser plus d’argent »

De son côté le gouvernement a entamé une campagne d’information, afin d’encourager les Sénégalais à anticiper sur leurs frais de santé… Un grand défi dans un pays où chaque dépense se planifie au quotidien.

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