Un questions-réponses réalisé avec Thibaut Cavaillès, en direct de Benghazi, en Libye

Libye
Libye © Radio France / Gilles Gallinaro

En Libye, on commémore aujourd'hui le premier anniversaire du soulèvement qui aura mis fin à la dictature de Kadhafi. Le 17 février 2011, des Libyens descendaient dans les rues pour manifester contre le régime. S’en suivant une sévère répression. Le peuple s'organisera pour combattre avant de recevoir l'aide de l'OTAN.

Depuis, le régime est tombé, mais le pays reste très instable.

Quelle est l'ambiance dans cette ville qui est considérée comme le berceau de la révolution ?__ C’est une ambiance de ville qui est fière d'avoir été à l'origine du soulèvement. Depuis plusieurs jours, les klaxons, les petits concerts, animent les rues. Les drapeaux rouge, noir et vert et noir flottent un peu partout. Un air de fête, en tout cas plus qu'à Tripoli. Benghazi est très vite passée aux mains des révolutionnaires l'an dernier et du coup, l'esprit de la liberté y semble plus présent que dans la capitale. Par exemple, ici, le soir, les gens sortent, les commerces restent ouverts, alors qu'à Tripoli, il n’y a plus personne dans les rues une fois la nuit tombée. Sauf, bien sûr, hier soir, avec des pick-up sur la place des Martyrs.

Cette différence avec Benghazi s'explique. D'abord, Tripoli est restée « verte », c'est à dire pro Kadhafi, plus longtemps. Elle n'est tombée que 5 mois environ après Benghazi. Beaucoup affirment que la capitale abrite plus de Libyens fidèles à l'ancien dictateur. Et puis, pour expliquer aussi la différence d'ambiance ces jours-ci, il faut préciser que c'est surtout à Tripoli qu'ont lieu, encore, des affrontements, dans les faubourgs de la ville, entre rebelles. Des règlements de compte aussi. Avec des morts parfois. Donc deux villes, deux ambiances.

- Car la chute du régime ne signifie pas encore paix totale dans le pays... Non, et même on peut dire que la révolution n'est pas terminée. Les rebelles ont gardé les armes, malgré les demandes du Conseil national de transition. Ils veulent s'assurer qu'on ne leur volera pas cette révolution. Car on constate aujourd'hui -et un membre du CNT me le confirmait- que des anciens du régime de Kadhafi occupent encore des postes clés dans les administrations. Par conséquent, le CNT du coup doit rendre des comptes. Son siège, ici, à Benghazi, a d'ailleurs subi des attaques il y a quelques semaines. Les Libyens exigent d'être plus écoutés, et demandent également plus de transparence. Donc en fait, aujourd'hui, pour cet anniversaire, le CNT a préféré ne rien organiser d'officiel. De peur, sûrement, d'offrir aux mécontents une occasion de se faire entendre. - N'y a-t-il pas aussi la crainte d'un retour des pro-Kadhafi, après notamment l'annonce de l'un des fils du dictateur ?__ En fait, Saadi Kadhafi a promis sur une chaine arabe la semaine dernière, qu'il allait revenir en Libye, depuis le Niger, où il est réfugié. Et il a estimé que la population n'était pas satisfaite. Il n'a pas tort, on l'a dit. Mais c'est vrai qu'un retour improbable d'un fils du dictateur n'annonce rien de bon dans un pays encore instable. Peut-être est-ce ce qui a provoqué l’annonce du renforcement des contrôles dans le pays que j'ai pu constater.

En tout cas, s'il doit se passer quelque chose aujourd'hui, plus qu'un retour des soutiens de Kadhafi, ce serait une fois encore plutôt du côté des mécontents, qui pourraient demander à ce que cela aille plus vite. Beaucoup vous disent que depuis la chute du régime, à part le drapeau, rien n'a changé.

Et les Libyens ne voudraient pas avoir fait la révolution, avoir donné leurs enfants, maris, pères pour que seule l'élite du pays en profite. Ils restent donc vigilants, exigeants. Pour un grand nombre d’entre eux, cette journée de commémoration n'aura pas le goût espéré de la fête. Il reste encore trop à faire pour que les Libyens vivent sereins et heureux.

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