Un reportage de Sébastien Farcis, à Bombay, en Inde (rediffusion du 2 décembre 2011)

Varsha Deshpande, militante de l’association Dalit Vikas Mandal : « La société indienne souffre d’un machisme chronique. Et à cause de cela, nous assistons maintenant à un vrai génocide des fœtus féminins »

Femmes et filles indiennes
Femmes et filles indiennes © Crikette Guilimaux

Ce que dénonce cette militante, Varsha Deshpande, c’est l’augmentation dramatique, en Inde, du nombre d’avortements sélectifs, une pratique illégale qui permet aux femmes d’interrompre leur grossesse quand elles apprennent qu’elles attendent une fille. Environ 4 millions de fœtus féminins auraient été avortés depuis 10 ans dans le pays. C’est le résultat d’une préférence traditionnelle des couples indiens pour les garçons.

Supriya a d’abord donné naissance à trois filles qu’elle a acceptées dans son foyer, mais avec, à chaque fois, un peu moins de joie. Puis est venue la quatrième grossesse, qui a initié un cycle infernal d’avortements.

Supriya : « L’échographie a indiqué que j’attendais encore une fille. J’ai rapidement décidé d’avorter. Puis c’est encore arrivé pour les trois grossesses suivantes. A chaque fois, on m’a dit que j’attendais une fille, à chaque fois, j’ai donc avorté. Dans notre caste des Maratha, on appelle le garçon la «lumière de la maison», car il va perpétuer le nom de la famille et prendre soin des parents. Alors que la fille, elle, part dans le foyer de son mari et prend son nom. Il faut donc un homme dans une famille. Ces avortements, c’était juste, pour nous, un moyen d’y arriver »

Malgré tous ces risques, Supryia a aujourd’hui quatre filles et cette volonté de dieux va lui coûter cher. Pour le mariage de l’aînée, la famille a déjà dû débourser l’équivalent de 12 000 euros pour la cérémonie et surtout pour la dot, sous forme de bijoux et de costumes luxueux offerts à la belle famille.

Ainsi, comme Supriya, chaque année, environ 400 000 femmes indiennes préfèrent avorter de leurs fœtus féminins. Cette pratique traditionnelle est fortement combattue par les autorités, qui ont interdit depuis 1994 les échographies pour femmes enceintes, sauf cas exceptionnels. Mais rien n’y fait, la situation ne fait qu’empirer, s’insurge Varsha Deshpande, de l’association Dalit Vikas Mandal.

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Varsha Deshpande, de l’association Dalit Vikas Mandal :__ « Certains docteurs sont complices, car les échographies illégales leur rapportent des revenus colossaux. Le problème, c’est que ces avortements vont créer un déséquilibre social, car les hommes ne vont plus trouver de compagnes ou d’épouses »

Dans certains Etats du Nord, les hommes sont parfois obligés d’aller chercher, voire acheter leurs femmes dans le sud du pays, où cette pratique est moins répandue. Les mentalités des jeunes générations commencent à changer, surtout dans les villes, mais selon les experts, c’est toute la place de la femme qu’il faut repenser pour mettre fin à ces avortements sélectifs. Et cela prendra donc des années.

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