Par Carrie Nooten, à Singapour

Joanna Wong : « Ca, c’est du thé au ginseng. Vous devriez essayer. C’est bon pour combattre la fatigue, pour la vivacité d’esprit… et pour la concentration. C’est utile pour tout ça. »

Joanna Wong est responsable d’une boutique qui vend des herbes médicinales à Singapour, où vient de se dérouler le 10ème congrès asiatique de la médecine traditionnelle chinoise. Avec un mot d'ordre: se professionnaliser encore d'avantage pour conquérir de nouveaux marchés en Occident.

Car depuis une quinzaine d’années, la médecine chinoise redevient populaire et son chiffre d’affaires croît en moyenne de 10% par an.

Cependant, ses remèdes sont toujours classés comme des compléments alimentaires, et non comme des « médicaments ».

Dans la boutique principale de Eu Yan Seng, on vend des herbes médicinales depuis 133 ans, mais l’intérieur du magasin a beaucoup changé : il y a toujours un comptoir où l’on pèse les différentes herbes et racines selon les indications prescrites, mais beaucoup de clients se dirigent vers les rayons où paquets de préparations pour soupes ou thé au ginseng sont disponibles en libre-service. La marque a misé sur l’automédication et le reconditionnement plus conforme au mode de vie moderne de certaines recettes ancestrales.

A deux portes de là, sa clinique de médecins traditionnels. Elle ressemble en tout point à un cabinet classique, jusqu’à la fin de la consultation, où le patient peut récupérer ses médicaments.

Joanna Wong, General Manager à Eu Yan Sang : « Le patient en fait n’a qu’à transmettre l’ordonnance à l’équipe de la clinique, qui va alors mixer les herbes ensemble, pour les réduire en poudre et les conditionner en sachets. Et la poudre est si fine, qu’elle est soluble dans l’eau. Donc c’est la différence avec les autres magasins, qui vendent en fait les herbes et remèdes qu’il faut ensuite faire bouillir pendant des heures. Nos clients les plus jeunes, ou ceux qui voyagent, trouvent cela bien plus pratique. »

La médecine chinoise a aussi inspiré David Picard. Le PDG du laboratoire Moléac a développé, il y a sept ans, à Singapour NurAid, un complément alimentaire qui permettrait une meilleure récupération après un accident cardiovasculaire. Il l’exporte dans 25 pays, après s’être longtemps heurté à une résistance occidentale. Car si en allopathie une seule substance est active, en médecine chinoise, la combinaison des herbes rend l’efficacité du produit difficile à prouver.

David Picard : « En médecine chinoise, on regarde des produits qui ont des propriétés qu’on a du mal à comprendre avec des concepts occidentaux : quelque chose qui libère les flux d’énergie coincés dans le corps, qui nourrit mieux les organes. Nous ce qu’on a fait, c’est qu’on a pris ça de manière très candide en disant ‘ce produit a l’air de fonctionner, on va l’analyser, et le soumettre à la même rigueur occidentale que n’importe quel médicament’. »

Il y a huit mois, pour la première fois en Europe, un médicament cardiovasculaire chinois a reçu l’agrément de distribution aux Pays-Bas.

Emiel van Galen, du MEB, l’autorité néerlandaise en matière de produits de santé, y voit un signe positif.

Emiel van Galen : « Cela peut être considéré comme une avancée majeure : il est désormais prouvé qu'un produit chinois peut remplir les critères de qualité de la pharmacopée européenne. Les laboratoires asiatiques doivent toutefois aussi comprendre que ce permis d’importer et de délivrer est unique, il ne peut pas encore être appliqué communément à tous les membres de l'Union Européenne. »

Pour obtenir l’agrément dans un autre état de l’UE, le laboratoire devra donc redemander une autorisation.

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