Un reportage de Pascale Guéricolas, à Québec

Mona Greenbaum : «Si ce programme était enlevé pour nous, cela envoie un message que nos familles sont vraiment de deuxième classe. Cela envoie un message incroyablement discriminatoire. »

le projet de loi sur la famille comportera bien un article sur la procréation médicalement assistée
le projet de loi sur la famille comportera bien un article sur la procréation médicalement assistée © reuters

Mona Greenbaum dirige la Coalition des familles homoparentales au Québec, u ne association qui défend les intérêts des familles, dont les parents sont homosexuels. Elle est inquiète car si, jusqu’à maintenant au Québec, les couples de lesbiennes bénéficient gratuitement de l’accès au programme public de procréation médicalement assistée au même titre que les couples hétérosexuels ou que les mères seules, ce programme coûte plus cher que prévu.

Son accès pourrait donc être restreint aux couples hétérosexuels.

Comme tous les soirs, Rose revient de la crèche à Québec avec sa maman Johanne. Maman Isabelle les accueille. La jeune femme a eu recours aux procédés d’insémination artificielle pris en charge par le gouvernement québécois pour porter l’enfant, et Johanne l’a accompagnée tout au long processus. Un droit qui leur permet d’élever leur fille comme n’importe quels autres parents, sans l’intervention d’un père biologique.

Isabelle :

Pour moi, ce serait laisser les homosexuels en marge que de permettre aux couples hétéros d’avoir accès gratuitement et puis aux autres non. Parce que c’est sûr que pour nous, c’est une contrainte pour nous aussi. C’était vraiment important que notre enfant fasse partie de notre cellule familiale, on ne voulait pas intégrer un tiers qui ne ferait pas partie de notre relation . Donc c’était le seul moyen de pouvoir le faire. Donc enlever cette possibilité-là, ce serait vraiment de la discrimination, à mon avis .

Cela fait près de trois ans que le gouvernement finance la procréation assistée aux Québécoises qui en font la demande. Ce programme a permis de baisser le nombre de jumeaux et de triplés dans la province, car les obstétriciens implantent un seul embryon désormais sur leurs patientes plutôt que 3 ou 4 comme avant. Le programme coûte plus cher que prévu cependant, et le gouvernement a demandé à un organisme public de se pencher sur le sujet.

Gaétan Barette, le président de la Fédération des médecins spécialistes, laisse entendre à mots couverts que les homosexuelles ne devaient pas bénéficier.

Gaétan Barette :

Est-ce qu’il y a lieu d’aller en dehors du médicalement reconnu, démontré ? Nous on pense que non. On pense que ces choses devraient avant tout être médicalement documentées.

Difficile, cependant, dans un Québec qui se targue d’une ouverture exemplaire envers les homosexuels de les exclure du programme. L’éthicienne Édith Deleury, une spécialiste du domaine, se pose quand même des questions, notamment à propos de la modification du code civil en 1998 permettant aux couples de femmes de devenir parents via la procréation assistée.

Édith Deleury :

Je pense qu’effectivement au moment où le code a été rédigé, on a peut-être, là encore, raté une opportunité en terme de débat. Il n’y a pas eu beaucoup de temps pour que les gens puissent s’exprimer, et je ne suis pas convaincue que si on n’avait pas proposé l’adoption, cela n’aurait pas été mieux pour l’enfant, dont on prive une partie de son identité .

Le don de sperme demeure pour l’instant anonyme au Québec, ce qui rend la question de la filiation plus nébuleuse.

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