Un reportage de Thibaut Cavaillès, à Tunis, en Tunisie

Amal, jeune tunisienne :

Tout le monde fume en Tunisie, je pense. Même ceux qui ne fument pas connaisse au moins une personne de leur famille qui fume. Actuellement il y a près de 8 000 détenus pour fumette de cannabis.__

Amal, une jeune tunisienne,manifestait il y a quelques jours devant le palais de justice contre l'arrestation d'un ami soupçonné d'avoir fumé du cannabis. Un délit dans le pays, passible d'un an de prison ferme.

Manifestation contre la loi 52 à Tunis
Manifestation contre la loi 52 à Tunis © Thibaut Cavaillès

Mais de plus en plus de voix s'élèvent contre cette loi jugée trop répressive, qui remplit les prisons et semble contreproductive.

Mohamed :

On tombe tellement bas, on se retrouve avec des gens qu’on ne peut même pas appeler « des gens ».

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Mohamed avait 20 ans quand, en 2005, il s'est retrouvé en prison. 8 mois derrière les barreaux pour cet étudiant en cinéma, dans un autre monde, parce qu'il avait consommé du cannabis :

Tu es obligé de survivre à côté de ces gens-là. Cela va du voleur jusqu’aux meurtriers récidivistes ou aux violeurs, aux pédophiles… La première chose que j’ai faite en sortant, c’est prendre une douche et fumer un joint dans la douche… Voilà.

Mohamed a vu sa peine réduite mais le tarif en Tunisie lorsque l'on a fumé de la « zatla », du cannabis : un an minimum. Actuellement, 7.000 des 24.000 prisonniers tunisiens le sont pour une simple fumette. Pas besoin de flagrant délit, un contrôle de police, une tête qui ne revient pas.

Amal, danseuse de 25 ans, a été arrêtée 6 jours, puis libérée. Elle revient avec nous devant l'hôpital où elle a été conduite par la police pour subir un dépistage :

J’ai visité c’est lieu de 23 septembre 2013 pour passer mon teste d’urine avec mes copains. Un monsieur policier est rentré avec moi aux toilettes. Je devais uriner devant lui. Il n’y avait pas de médecin. Les garçons, c’était dans le parking, juste à côté de la voiture. Ils n’étaient même pas aux toilettes. Il y avait des policiers avec eux et on n’arrêtait pas de les frapper pour qu’ils urinent. Il y avait des médecins qui faisaient l’aller-retour, qui regardait ça.

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Des méthodes dignes de l'ancien régime. La loi qui punit les consommateurs date elle aussi de Ben Ali : en 1992, la loi 52. Elle ne prévoit pas de circonstances atténuantes.

Pour beaucoup, elle a été instaurée pour faire taire les opposants. Ceux qui peuvent graisser la patte d'un juge ou d'un policier le font, nous disait un avocat tunisien qui milite contre cette loi. Pour éviter un an de prison parfois ravageur.

Nabil Ben Salah , est le directeur général du ministère de la Santé :

Vous imaginez bien qu’en prison, on va apprendre beaucoup plus d’autre chose. Et sortira plutôt un trafiquant qu’un consommateur.

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Trop rigide, la loi 52 pourrait être révisée. Depuis 2009 déjà, plusieurs ministères travaillent sur un nouveau texte. Il est en passe d'être achevé.

Nabil Ben Salah , nous en révèle déjà l'un des grands traits :

Les lignes principales, c’est que ce texte passe le toxicomane plutôt du côté du malade. C’est-à-dire qu’il faut traiter. Il est beaucoup plus urgent de le traiter que de le condamner ou de lui donner une amende.

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Pour l'instant, rien ne dit quand cette révision sera soumise au vote de l'assemblée.

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