Quand j’ai entendu aux informations que cette loi était en délibération au Parlement, j’ai été complètement sidéré. De toute façon, l’Estonie a en quelque sorte toujours été pionnière, même quand elle était occupée par l’Union soviétique.

Nous sommes en Estonie, et vous venez d’entendre Alvar, quinquagénaire, qui vit en couple depuis plusieurs années avec Vladimir, originaire de Saint Petersbourg. Depuis le 1er janvier de cette année, ils pourraient conclure une union civile, à l’instar du PACS français. Mais ils attendent toujours. La loi a été votée en octobre 2014, à une courte majorité. Elle a provoqué des débats enflammés dans la société et les décrets d’application n’ont toujours pas été votés. C’est le signe d’une droitisation de la vie publique en Estonie qui prend les homosexuels en otage. Un reportage de Marielle Vitureau en Estonie.

Depuis le 1er janvier à fin mars, tout juste 20 couples ont conclu un PACS à l’estonienne, malgré les difficultés rencontrées. Dans un pays, où la moitié des enfants naissent hors mariage, l’un des plus athées d’Europe, on aurait pu croire que cette loi sur l’union civile allait passer inaperçue. Helen Talalaev, à la tête de l’association LGBT.

Jusqu’en 1992, l’homosexualité masculine était répréhensible. Quand on regarde les sondages, on note qu’une majorité est contre les gays ou les unions de même sexe, mais parallèlement, les gens ont très peu de contacts personnels avec ces personnes. Et ces gens considèrent les homos comme une masse anonyme, qu’ils peuvent facilement haïr.

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Aujourd’hui, le processus est au point mort. La loi d’application subit des coupes, fait des allers-retours entre les comités. Pour Kristjan Koljalg du parti de la Réforme, la faute incombe à un changement de conjecture politique.

Les élections législatives se sont déroulées au printemps 2015. Certains députés pensaient que la nouvelle législature serait plus progressiste, plus tournée vers l’Ouest. Mais c’est l’extrême-droite qui a été élue et cette question de l’Union civile est l’un de leur cheval de bataille.

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Une fois appliquée cette loi permettrait aux couples homo d’être reconnus comme une famille. Si une personne est hospitalisée, elle pourrait ainsi passer plus de temps avec son compagnon. Mais plus de la moitié des Estoniens se prononcent contre l’union civile pour les homos. Un Estonien sur cinq estime que les réfugiés sont le plus grand problème du pays, alors que sept personnes seulement sont arrivées avec le programme européen de relocalisation. La société estonienne est tiraillée entre ouverture et repli sur soi. La coalition au pouvoir, plutôt faible, pourrait encore en faire les frais.

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