Un reportage de David Baché, correspondant de RFI pour France Inter à Bamako, Mali

Alioune Sall, économiste, politologue et sociologue, directeur de l’Institut des futurs africains :

Pour certains pays l’émergence est envisageable mais pour la plupart des pays je crains fort que nous ne puissions pas aller au-delà du scénario tendanciel : une émergence très réduite dans la plupart des pays africains.__

Au Mali, le 15ème Forum de Bamako a eu lieu du 19 au 21 février dernier : trois journées de conférences et de débat qui ont réuni des économistes, des entrepreneurs, mais aussi des politiques et des diplomates autour d’un thème : l’émergence de l’Afrique à l’horizon 2035. Avec, entre autres préoccupations, cette question : comment favoriser le développement d’entreprises africaines, et d’entreprises africaines de grande envergure ?

Fabou Kante est dirigeant d’AICG, une entreprise malienne spécialisée dans l’immobilier. Sans surprise, il explique que la première difficulté, notamment pour les petites et moyennes entreprises, c’est de trouver des financements. Mais pas parce que les banques manqueraient de liquidités : selon lui, c’est qu’elles ne jouent pas encore assez la carte des entreprises africaines…

Fabou Kante, dirigeant d’AICG :

Vous voulez diriger des petites et moyennes entreprises, vous venez avec un projet, vous n’avez pas de garantis fonciers. Dans les Etats modernes ce n’est pas un handicap mais malheureusement dans les Etats comme le Mali s’est toujours un handicap. Donc le banquier doit être capable d’analyser le savoir-faire du porteur de projet, sa motivation, si il valide ses éléments, l’accompagner, quitte à la banque de mettre en place une stratégie pour le suivi des idées novatrices vers lesquelles il faut aller pour sortir du système classique de financement qui n’arrange vraiment pas les petites et moyennes entreprises dans ce pays.__

Il y a le financement, il y a aussi la valorisation et la professionnalisation. Amadou Diaw, président du groupe ISM, à Dakar, et promoteur d’écoles privées de management.

Amadou Diaw, président du groupe ISM :

L’esprit d’entreprise a encore une connotation négative, on crée parce qu’on n’a pas réussi à faire autre chose, parce qu’on n’a pas réussi à être fonctionnaire, parce qu’on n’a pas eu l’emploi que l’on souhaitait. Il faut inverser cette tendance. Vous avez trop peu de diplômes créateurs d’entreprise, celui qui crée il appartient au secteur informel très souvent, donc comment faire pour que le diplômé ait cette envie, il faut réorienter les choses, partir de ces formations en gestion, en management, en formation universitaire pour aller vers des préparations à la création d’entreprise. __

Forum de Bamako
Forum de Bamako © Radio France

Alioune Sall est économiste, politologue et sociologue, directeur de l’Institut des futurs africains, un groupe de réflexion basé en Afrique du sud. Sur un plan macro-économique, il estime qu’il est temps pour les pays africains de changer leurs structures économiques.

Alioune Sall, économiste, politologue et sociologue, directeur de l’Institut des futurs africains :

Malgré vingt années d’agissement structurelle, etc. dans un grand nombre de pays, on n’a pas encore réussi à changer l’économie, les structures économiques. Nombre de pays sont encore trop dépendants d’un seul produit, sont trop dépendants d’un binôme endettement et aide publique pour financer leur développement parce qu’il n’y a pas encore assez d’épargne locale donc la transformation structurelle n’est pas au rendez-vous.

Parmi les propositions d’Alioune Sall : rompre avec le FCFA pour acquérir une véritable souveraineté monétaire, ou encore adopter des politiques fiscales plus osées, qui permettront de taxer là où il y a de l’argent à prélever.

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