Un reportage d'Emilie Baujard, à Ramallah, en Palestine

Ahmad : « On a besoin de ces élections. Les Palestiniens ont besoin de démocratie, comme les Etats-Unis, la France, comme n’importe quel pays dans le monde. Nous sommes des personnes démocratiques »

Ahmad est un professeur d’anglais à Ramallah qui tiendra un bureau de vote ce samedi en Cisjordanie. Un demi-million de Palestiniens sont appelés à voter pour élire leurs conseillers municipaux. Il s’agit de la première consultation depuis 2006 et la prise du pouvoir du Hamas à Gaza. Mais cette fois, les élections n’ont lieu qu’en Cisjordanie et dans un contexte politique et économique bien différent.

Il y a quelques semaines, les affiches de campagne ont commencé à être collées dans les rues de Ramallah. Mourad, un habitant, attend ces élections avec impatience.

Cela fait 7 ans que les conseils municipaux n’ont pas été renouvelés.

Mourad : «Toute élection est importante pour les Palestiniens car cela veut dire qu’on peut changer l’orientation de notre communauté. On a besoin de leaders locaux pour s’occuper des rues, de la circulation, des écoles, des immeubles, de différentes choses »

Pour veiller au bon déroulement du scrutin, des observateurs locaux et internationaux seront présents, car une élection en Palestine est souvent synonyme de tensions. Et celle-ci n’échappera pas à la règle comme le remarque Shawan Jabarin, le directeur d’Al Haq, une organisation palestinienne de défense des droits de l’Homme.

Shawan Jabarin :« Deux choses. Tout d’abord, le Hamas ne participe pas à ces élections alors que c’est un des principaux partis politiques. Ensuite, cette élection intervient alors que les Palestiniens traversent une période économique très difficile. Ils ont perdu espoir et ils sont très critiques vis-à-vis de l’Autorité palestinienne. Donc, je ne sais pas trop ce que ces élections vont donner et quel sera le pourcentage de participation ».

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On parle déjà d’une participation faible en signe de protestation contre le pouvoir en place, mais aussi parce que ces élections ne concernent que 94 localités sur 350, là où plusieurs listes se sont présentées.

Et puis, il faudra aussi composer avec l’occupation israélienne, comme le rappelle Fareed Tamallah, porte-parole de la commission électorale.

Fareed Tamallah : « Vous savez, en Cisjordanie, il y a des barrages ou des checkpoints à l’entrée de chaque communauté. Parfois, cette porte est fermée pour ce qu’Israël appelle des raisons de sécurité. Ça peut arriver à n’importe quel moment. Donc on ne peut pas être sûr que tous les Palestiniens auront la liberté d’aller voter. Mais on espère que ce jour-là, ils pourront ».

Malgré toutes ces difficultés, Shawan Jabarin de l’association Al Haq ne veut pas minimiser l’importance de ces élections. Selon lui, elles pourraient même avoir une portée nationale.

Shawan Jabarin : « Dernièrement, on parle beaucoup de la chute de l’autorité palestinienne. On peut donc imaginer que ces conseils municipaux élus seraient les représentants du peuple si, dans le futur, quelque chose arrivait à l’autorité palestinienne ».

Le score du Fatah, le parti au pouvoir, sera aussi à étudier du près. D’autant que des listes dissidentes au sein même du Fatah se sont créées, accentuant un peu plus la pression sur le chef de l’autorité palestinienne, Mahmoud Abbas.

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