Un reportage d’Emilie Baujard, dans le désert du Néguev, en Israël

Thabet Abu Rass:

Vous imaginez le gouvernement français demander à des agriculteurs de quitter leurs terres et les obliger à s’installer à Paris ? Et il leur dit : ‘vous avez 3 ans pour le faire, si vous ne le faites pas, vous serez déplacer de force.’__

tensions diplomatiques après des projets israéliens d'extension de colonies
tensions diplomatiques après des projets israéliens d'extension de colonies © reuters

Thabet Abu Rass est avocat et défend les droits de la minorité arabe en Israël. Il se bat notamment pour faire annuler une loi en discussion au parlement israélien qui prévoit de déplacer 40 000 bédouins du sud d’Israël vers des villes nouvelles. Ce serait alors le plus grand déplacement de population en Israël depuis les années 1950. Une loi qui, pour la communauté arabe nomade des Bédouins, signifie la mort annoncée de son mode de vie.

Dans le désert du Néguev il y a deux catégories de Bédouins : ceux qui ont accepté d’aller vivre en ville dans les années 70, et ceux qui sont restés sur leurs terres. Ces derniers sont environ 90 000 et vivent de l’élevage de chèvres et de moutons dans des conditions rudimentaires.

Un choix de vie défendu par Khalil Al-amour , qui habite dans un village menacé de démolition par Israël qui ne reconnaît pas les titres de propriété bédouin :

On ne veut pas quitter nos maisons, nos villages, nos terres. Ma famille habite ici depuis plus de sept générations. Nous sommes heureux où nous sommes, nous voulons rester ici et préserver nos valeurs et nos traditions dont nous sommes très fiers.

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Aujourd’hui, 35 villages bédouins sont considérés comme illégaux par Israël, et à ce titre, ils ne bénéficient d’aucun service public : pas de route, pas d’eau potable, pas d’éclairage public, pas d’école. Une vie en marge, alors même que les Bédouins du Néguev sont des citoyens israéliens.

C’est pour améliorer leurs conditions de vie que les autorités disent vouloir détruire ces villages non reconnus, pour regrouper les Bédouins dans des villes nouvelles.

Mais Thabet Abu Rass, de l’association Adalah , y voit un autre projet :

Le gouvernement israélien a décidé de renforcer l’identité juive de l’Etat d’Israël en judaïsant de plus en plus les terres. Aujourd’hui, 93% d’Israël est considéré comme « terre d’Etat », c’est-à-dire qui appartient au peuple juif. Et le gouvernement essaie de récupérer les terres qui sont encore aux Arabes et aux Bédouins. Des villages arabes seront détruits, et tout ça pour construire des villes juives, alors qu’il y a de la place pour tout le monde dans le Néguev !

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Aujourd’hui, les 200 000 Bédouins représentent 30% de la population du Néguev, et ils occupent 5% des terres. Le projet réduirait leur espace à moins de 2%. Pour autant, le gouvernement israélien assure que les déplacements de populations se feront de manière négociée et concertée.

Doron Almog coordonne le projet au nom du premier ministre israélien :

Il s'agit de trouver un terrain d'entente. Il s'agit de négocier avec les Bédouins. Il s'agit de leur donner beaucoup d'argent. Ils vont recevoir près de 40 millions d’euros, ce qui est beaucoup d'argent. Une partie des terrains restera privée et le reste deviendra propriété de l’Etat. Donc je pense que c'est une offre très généreuse que nous faisons aux Bédouins, plus qu'on a jamais fait dans le passé. __

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Mais l’offre est limitée dans le temps. Une fois la loi votée (peut-être début 2014), les Bédouins auront un an pour en accepter les conditions. Passé ce délai, ils perdront leur droit à compensation et leurs terres seront confisquées par Israël.

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