Un reportage de Caroline Vicq à Buenos Aires, en Argentine

Fabiana Tunez : “A chaque fois que quelqu’un considère qu’il a un droit sur le corps et sur la vie d’une femme, nous estimons que c’est un fémicide

Féminicide
Féminicide © Denis Bocquet

Fabiana Tunez dirige La Maison de la Rencontre, une ONG qui aide les femmes maltraitées en Argentine. Elle note que ces derniers mois, de nombreux cas d’assassinats contre des femmes, jeunes filles, ou fillettes ont été enregistrés.

La semaine dernière, la ministre du Développement social a annoncé que seraient publiées dans quelques mois les première statistiques de violences faites aux femmes.

De son côté, le Congrès argentin examine un projet de loi qui inscrirait le terme de “fémicide” au Code Pénal.

Un fémicide est le fait de tuer une femme parce qu’elle est une femme. Un terme prononcé pour la première fois en 1974 par Diana Russel, une féministe sud-africaine.

Un terme qui parle aussi du sentiment de domination de l’homme, qui considère la femme comme sa propriété.

Pour le moment, il ne s’agit que d’un concept politique et non juridique.

Ana Lia Monferer, presidente du Bureau des Violences Domestiques de la Cour Suprême argentine : “N’importe quel type de violence envers les femmes est toujours considéré comme un crime passionnel. Jusqu’à aujourd’hui, on n’en parlait pas comme une violence au foyer ou envers les femmes. Le débat a commencé récemment. Mais il y a peu de temps, dans une decision de justice, le cas a été qualifié comme un fémicide. Même si le terme spécifique n’existe pas encore dans le Code Penal, on en a parlé car le concept de fémicide est un concept théorique, donc on peut l’inclure dans l’analyse d’un verdict .”

En 2011, 8461 femmes se sont rendues au Bureau des Violences Domestiques pour demander de l’aide. Dans 95% des cas, l’affaire a été jugée devant un Tribunal.

Jusqu’à présent, les statistiques officielles du nombre de victimes n’existent pas. Une ONG, La maison de la reencontré, a créé un Observatoire, le seul à publier un chiffre des assassinats.

En 2011, on compte 282 fémicides et au premier semestre 2012, déjà 119 fémicides enregistrés et 11 enfants assassinés pour se venger d’une femme.

Fabiana Tunez, directrice de la Maison de la Rencontre : “Actuellement, on parle d’homicide aggravé par le lien avec la victime ou homicide intentionnel, mais il n’y a pas de terme spécifique pour les violences faites aux femmes. En Argentine, la condamnation moyenne d’un assassin de femme est seulement de 10 à 12 ans de prison. Le principal défi est de désarticuler la culture machiste car l’origine de la violence contre les femmes a ses racines dans une culture qui soutient les inégalités entre hommes et femmes, des inégalites structurelles, qui persistent encore aujourd’hui.”

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Le projet de loi visant à inscrire le terme de “fémicide” dans le Code Pénal a été adopté en première lecture par les députés en avril. Il est depuis entre les mains des sénateurs. En attendant, l’ONG réclame un plan de prévention et d’erradication de la violence faite aux femmes. Mais il semble que le sujet ne soit pas une priorité.

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