Un reportage signé Régis Genté, à Tbilissi, en Géorgie

Docteur Zoura Sikhakhoulidzé : « Arrêter les drogués, ce n’est pas correct et pas efficace. Dans ce pays, il faudrait des alternatives pour les consommateurs de drogue, et le gouvernement devrait offrir d’autres services plutôt que de les mettre en prison »

Drogue
Drogue © Eric Constantineau

Pour le docteur Zoura Sikhakhoulidzé que vous venez d’entendre, les succès de la politique de « tolérance zéro» de la Géorgie en matière de drogue, ne doivent pas cacher l’essentiel : les drogués ne sont pas soignés. En 2003, le pouvoir géorgien a fait disparaître les drogues « traditionnelles » de la rue : conséquence directe, en 8 ans, la population des prisons a été multipliée par 7 et les toxicomanes sont passés aux substances synthétiques, terriblement destructrices.

Conscientes que le problème n’a été que déplacé, les autorités géorgiennes lancent un programme expérimental d’accompagnement des drogués par des policiers.

Louka : « Bonjour, j’espère que tout va bien … »

Levan : « Oui, ça va »

Louka : « On se voit comme des amis, tu sais que tu peux m’appeler quand tu veux… »

Une fois par mois, Louka Bachiachvili, jeune officier de police, rencontre celui que nous appellerons Levan, la cinquantaine. Un drogué qui, depuis plus de 10 ans, ne s’en sort pas.

Louka : « Et dans deux mois, quand tu te seras purifié, tu pourras aller à la plage (RIRES). Et tu seras totalement libre, de ta dépendance »

Levan : « Mon fils travaille, mais moi aussi je veux travailler. Je veux aussi aider ma famille, je ne fais rien pour le moment. Je vis sur leur dos, tu sais. Si on me m’en donne la possibilité, je travaillerai . »

Pour Louka, la première victoire est que désormais, Levan se rase et s’habille proprement. Le jeune officier de police, tout à son optimisme, veut croire que Levan est sur la bonne voie.

Pour l’heure, il suit un traitement à la méthadone. Mais il sait qu’il faudra patienter avant de commencer à parler réinsertion professionnelle. C’est à cause de la peur de la prison que Levan a lui-même demandé à suivre le nouveau programme initié par le ministère géorgien de l’Intérieur.

Gouram, lui, suit une simple cure à la méthadone dans une clinique.

Gouram : « J’ai dû aller en Turquie, pendant 3-4 mois. Vous savez comment ça se passe, vous rencontrez des amis… et j’ai replongé. Après cela, avec de gros efforts et de grandes peines, j’ai réussi à nouveau à sortir de cette dépendance. Alors, j’ai décidé de suivre un programme en clinique pour en sortir, et je crois que je vais y arriver. »

Lui a repris un peu par hasard, à l’occasion de ce voyage en Turquie. D’autres vont à l’étranger spécialement pour satisfaire leur manque de drogue traditionnelle.

Ceux qui ne peuvent pas sortir de Géorgie, soit purgent de lourde peines en prison, soit passent à l’alcool, soit, et c’est le plus terrible, à des drogues synthétiques, comme le Krokodil ou le Jeff, qui vous détruisent en quelques prises seulement.

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