Un reportage de Florence La Bruyère, correspondante en Hongrie

Adam Baneth :

On a réussi à entrer sur le site internet d’un magasin. On a modifié le prix de certains articles, et on est même arrivé à effacer des produits de la liste ! Ce genre de chose, ça peut vraiment nuire à une entreprise.

Adam Baneth, que vous venez d’entendre n’est pas un hacker. Ou plutôt si, mais c’est un gentil hacker qui a suivi les cours de la Hacker Academy à Budapest. Ce qu’il décrit ici, c’est un exercice qu’il a appris dans cette école qui forme des gentils pirates. On appelle ça aussi le piratage éthique.

Quel pouvoir ont les hackers ?
Quel pouvoir ont les hackers ? © radio-france

L’académie des hackers de Budapest est l’une des rares écoles en Europe qui offre une formation sur un an. Une fois leur diplôme en poche, les gentils pirates travaillent pour le gouvernement ou bien créent leur propre société de piratage éthique. C’est d’ailleurs ce qu’a fait Adam Baneth. En accord avec des entreprises, il simule des attaques pour tester leur solidité.

C’est un soir de fête à l’Académie des hackers. Ils sont une vingtaine d’étudiants à recevoir leur diplôme en piratage éthique. Balazs Borsodi a une coupe de champagne à la main, son diplôme dans l’autre, et il est coiffé d’un chapeau blanc.

Balazs Borsodi :

Il y a 2 sortes de chapeaux. Le chapeau noir, c’est le symbole du vrai hacker. Et les chapeaux blancs, ce sont les gentils pirates. Un pirate éthique marche aussi à l’adrénaline ! Mais lui, il reste dans la légalité.

Cette Ecole privée coûte 2 millions de forints par an, soit 6000 euros. C’est beaucoup pour un hongrois. Mais Adam Baneth n’a pas hésité.

Adam Baneth :

C’est comme une Police Academy. On apprend les mêmes techniques que les vrais pirates, par exemple comment entrer par effraction dans un système mais c’est pour protéger un réseau, une entreprise. On est comme des chevaliers blancs qui se battent contre les forces du mal !

Les étudiants de l'Académie des Hackers, le jour de leur remise de diplôme
Les étudiants de l'Académie des Hackers, le jour de leur remise de diplôme © F. La Bruyère

70 % des actes de piraterie se font sans effraction. Le pirate arrive à soutirer des informations aux employés d’une entreprise en se faisant passer pour quelqu’un d’autre. Les élèves de l’Académie s’exercent à ces techniques d’espionnage grâce à des entreprises qui acceptent de jouer le jeu.

Adam Baneth :

Vous contactez des employés qui utilisent l’ordinateur toute la journée mais qui ne sont pas des experts. Par exemple, des gens qui travaillent à la comptabilité, ou aux ressources humaines. Vous leur dites d’une voix très assurée : je suis nouveau, je suis du service informatique, et j’ai besoin de votre mot de passe. Eh bien, 50 à 60 % des gens s’exécutent et donnent des informations importantes !

Pour entrer à l’académie des hackers, il faut avoir au moins le bac, un bon niveau en maths. Et il faut aussi passer un test de sécurité nationale. Car les étudiants accèdent à des données sensibles.

Ferenc Frész, expert de l’agence nationale de sécurité et professeur à l’Académie :

Cette habilitation du gouvernement hongrois est conforme à celle de l’Otan et de l’Union européenne. Nos étudiants reçoivent un certificat d’habilitation qui a donc une valeur internationale.

Les étudiants de l’Académie acceptent donc d’être surveillés par les services secrets. Mais Balazs Borsodi n’y voit pas d’inconvénient.

Balazs Borsodi :

On apprend à pirater des ordinateurs du gouvernement ou de la sécurité nationale. Donc c’est pour ça qu’on passe ce test. Je sais, les services peuvent me contrôler n’importe quand…Mais ça m’est égal !

Les étudiants de l'Académie des Hackers, le jour de leur remise de diplôme
Les étudiants de l'Académie des Hackers, le jour de leur remise de diplôme © F. La Bruyère
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