Un reportage de Carrie Nooten, à Singapour

Pasteur Yang Tuck Yoong : « On est debout aujourd’hui, ici à la communauté Cornerstone, pour vous dire que vous avez le soutien de 3.500 personnes, auprès de vous dans cette bataille… C’est notre combat, alléluia ! Que Dieu vous bénisse ! »

Ce "combat", c’est une bataille contre l’homosexualité que mène le Pasteur Yang Tuck Yoong à Singapour.

Alors qu’en France ou en Grande-Bretagne, on débat en ce moment sur l’accès au mariage, la loi singapourienne, elle, qualifie toute « relation sexuelle entre deux hommes » de « criminelle ». Deux couples de gays viennent de poursuivre en justice la république de Singapour pour demander l’abrogation de cet article qu’ils jugent discriminatoire.

La première affaire vient d’être entendue par la haute courte de justice, et le juge devrait examiner le deuxième cas dans les semaines qui viennent.

Scott Teng, 29 ans, homosexuel, est ravi que Gary Lim et Kenneth Chee, deux graphistes en couple depuis 15 ans, aient eu le courage de défier la loi et remettre en cause l’article 377A. Même s’il est rarement utilisé dans les poursuites, la communauté homosexuelle de Singapour le considère comme une menace permanente.

Scott Teng : « Dans la vie de tous les jours, je dirais que Singapour est une ville sûre : tu peux marcher dans la rue, tu peux sortir dans les bars gays. Je peux même tenir la main de mon copain dans la rue sans avoir peur que quelqu’un vienne nous agresser. Mais, en même temps, avec l’article 377A toujours inscrit, quand vous y pensez, c’est comme une épée de Damoclès au dessus de nos têtes. Aujourd’hui ils ont l’air de dire qu’ils n’utiliseront peut être pas le 377A… Mais on ne sait jamais : un jour on pourrait bien se réveiller et être considérés comme des criminels, car la loi est bien là. »

Scott Teng reste de toutes façons vigilant : il vient de déposer plainte pour « incitation à la violence » contre le pasteur Yoong, qui, dans un sermon, avait appelé ses fidèles à se préparer pour une « guerre » contre l’homosexualité. Ce pasteur ainsi que le pasteur super-star ici, Lawrence Khong, ont été assez virulents en public dès le mois dernier, alors que la date de l’audience contre le 377A approchait. A tel point que le procureur général a déclaré que quiconque évoquerait l’affaire, presse comprise, serait passible de poursuites.

C’est ainsi que nos demandes d’interviews ont été repoussées et l’audience, elle, vient d’avoir lieu à huis clos. La défense de Gary Lim et Kenneth Chee a plaidé que le 377A était en contradiction avec l’article prônant l’égalité pour tous devant la loi. Pour Choo Zheng Xi, l’un des avocats, les supporters du maintien du 377A se trompent de débat.

Choo Zheng Xi: « Je crois que ce qu’ils pensent toujours en toile de fond, « Et qu’est-ce qu’ils voudront après ? » Qu’après, ces gens réclameront plus de droits comme le droit au mariage, à l’union civile, aux couvertures de santé, etc. Mais je pense que tout cela ne sera pas évoqué, si ça l’est jamais, avant très longtemps. La seule question qu’on doit se poser aujourd’hui c’est si, en 2013, dans une société moderne, on doit toujours criminaliser les relations sexuelles homosexuelles. »

Le Premier ministre s’est prononcé il y a quelques jours, affirmant qu’il désirait conserver cette situation de « statut quo » et conserver le 377A. Jean Chong, de l’association pour le droit des lesbiennes Sayoni, met ça sur le compte d’un manque de courage politique.

Jean Chong : « Peu à peu, dans la société, les Singapouriens deviennent plus tolérants que le gouvernement. Le gouvernement a peur de perdre des voix. Il y a du progrès, mais il manque une véritable amélioration du point de vue des lois et des politiques. C’est ca dont on a besoin, et c’est ça que la France est actuellement en train de faire. »

Le juge doit examiner dans les jours qui viennent une deuxième affaire similaire. Les deux verdicts sont attendus d’ici le printemps.

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