Un reportage de David Baché, à Bamako, au Mali

Une Malienne, ex-habitante de Centrafrique :

Comme les musulmans étaient menacés nous tous, on a eu peur. On avait peur de mourir car on entendait des coups de fusil. Je ne sortais pas. J’ai eu trop peur !

Aïssata Diaf, Malienne ex résidente en Centrafrique
Aïssata Diaf, Malienne ex résidente en Centrafrique © Radio France

La Centrafrique est en proie à de violents affrontements qui opposent depuis des mois les ex-rebelles de la Séléka et leurs alliés, aux miliciens anti-balakas. De nombreux Centrafricains ont fui leur pays, tout comme les ressortissants étrangers installés de longue date en Centrafrique qui ont dû regagner en urgence leur pays d’origine.

Entre le 6 et le 15 janvier, quatre avions ont ainsi fait le trajet entre Bangui et Bamako.

Ils sont plus d’un millier à avoir regagné en urgence Bamako. Des Maliens, des binationaux Maliens et Centrafricains, mais aussi des Centrafricains d’origine malienne, que Bamako a rapatriés au même titre que les autres. Youssouf Oumarou Gouro a la double nationalité. Il est l’un des premiers rapatriés à avoir débarqué sur le sol malien.

Youssouf Oumarou Gouro :

Je suis venu avec toute ma famille, mon épouse et mes six enfants. On a quitté Bangui avec l'essentiel que nous avons. Peu de bagages, l'extrême nécessaire, quelques vêtements, des documents et puis c'est tout. J'ai laissé presque toute une vie.

Aïssata Daf n’a pas la nationalité malienne. Ce sont ses grands-parents maliens qui s’étaient installés en Centrafrique. Les affrontements l’ont forcée à rentrer sur sa terre d’origine, où elle n’avait jamais vécu :

Je suis née là-bas, j’ai grandi là-bas, j’ai vieilli là-bas… J'ai déjà 50 ans. J'ai fini ma vie là-bas. Ce qui c'est passé à Bangui, c'était grave. Mon oncle maternel, on l'a découpé et mis sur le feu. J'ai vu ça de mes propres yeux. On l'a trouvé sur la route. Les milices anti-Balaka découpaient avec les machettes. Donc c'est pour cela que j'ai pris la décision pour partir. Parce que je ne peux plus rester là-bas.

Les affrontements, politiques à l’origine, ont rapidement pris un tour religieux. Aujourd’hui, les associations de défense des droits de l’Homme, comme Amnesty international, pointent « le grand péril » encouru par la minorité musulmane de Centrafrique.

Ce dont témoigne Aramata Camara, soulagée d’être arrivée à Bamako :

Si tu fais simplement les prières, le Centrafricain ne veut pas. Il y a beaucoup de menaces, même pour sortir, même dans les taxis, même dans les marchés, ils nous menacent, parce que l’on est musulmans et que moi, je porte les habits, je mets le foulard… Ils ne veulent pas de ça.

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Selon Bamako, près de 2000 Maliens seraient toujours en Centrafrique. Youssouf Oumarou Goro y a laissé des membres de sa famille :

Mes proches qui sont encore restés car ils sont en province. Des frères, des cousins et des oncles, aussi. Dieu merci, pour l'instant, ils sont en bonne santé. Effectivement, je suis inquiet pour eux. Lorsqu'ils auront l'occasion, ils nous rejoindront.

Difficile, dans ces conditions, d’envisager un retour en Centrafrique. Les autorités maliennes ont pris des dispositions pour permettre aux enfants rapatriés d’être scolarisés. Les familles, elles, s’entassent chez des parents, ou sacrifient leurs dernières économies dans le prix d’un loyer. Les rapatriés ont la vie sauve, mais leurs difficultés ne sont pas terminées.

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