Un reportage de Delphine Sureau, à Shanghai, en Chine

Wang Lili, étudiante :

Je m’appelle Wang et je vais avoir 23 ans. Avec la situation économique qui n’est pas bonne, il y a moins d’offres d’emploi, mais toujours plus de postulants. Donc il y a de la concurrence.

Commerçant chinois
Commerçant chinois © amekinfo

Wang Lili s’apprête à décrocher son diplôme d’ingénieure. Elle recherche un premier emploi, ou au moins un stage, et ce n’est pas gagné !

Car en Chine, d’ici deux semaines, près de 7 millions d’étudiants quitteront l’université pour entrer sur le marché du travail : un record historique.

Et le ralentissement de la deuxième économie mondiale ne va pas leur faciliter la tâche Même en Chine, ces jeunes diplômés ont donc du mal à trouver un emploi.

Le mois de juin à Shanghai s’écoule entre remises de diplômes, et foires à l’emploi. Le concept est invariablement le même : des recruteurs prennent place sur des dizaines de petites tables, ici dans un gymnase, et des centaines de candidats se bousculent pour leur déposer un CV, et passer un entretien express.

L’expérience est brutale, confie Li Chun, à la recherche d’un poste de commercial. Ce grand gaillard de 26 ans, armé d’un Master de l’université de Cardiff, est un peu découragé…

Li Chun :

Il y a beaucoup de compétition, pour dire vrai. Moi et ma copine, nous revenons du Royaume-Uni. Nous avons tous les deux travaillés là-bas. Clairement, à notre retour, on doit lutter pour trouver un travail appropri é.

Avec le ralentissement de la croissance (7,7% au premier trimestre), le nombre d’emplois disponibles en Chine a diminué de 15% en un an.

Or les nouveaux diplômés sont toujours plus nombreux : 7 millions cette année. Normal : en 10 ans, la Chine a doublé sa capacité d’accueil dans l’enseignement supérieur.

Wang Lili a étudié le génie électrique à l’université Dianji de Shanghai, un établissement moyennement côté. Elle entame sa recherche avec angoisse :

Wang Lili :

En ce moment, à Shanghai, c’est assez difficile de trouver. Je lis les infos sur internet, et il y a aussi ce nous racontent les tuteurs à l’université : quelle que soit la fac, ce n’est pas facile d’entrer sur le marché de l’emploi. - Ils vous donnent quels conseils les tuteurs ?

N’ayez pas les yeux plus gros que le ventre… et si on vous propose un travail, prenez-le.

Ces jeunes diplômés manqueraient aussi de réalisme, trop nombreux à avoir choisi des filières tertiaires, alors que le secteur ne représente qu’un tiers des emplois en Chine, ils doivent souvent se contenter de salaires inférieurs à 500 euros par mois, bien loin de ce qu’ils espéraient.

Qiu Chi est responsable du pôle carrières de l’université Dianji.

Qiu Chi :

Le problème, ce que les étudiants sont trop exigeants. Quand le marché de l’emploi ne va pas bien, il faut revoir ses attentes ! Eux, tout ce qu’ils souhaitent, c’est de travailler à Shanghai, avec un gros salaire.

Mais voilà, Shanghai sature. Une fois diplômés, les anciens étudiants quittent leur dortoir, et doivent se loger. Impossible sans emploi. Dans la ville la plus chère du pays, certains tombent dans la précarité.

Pour éviter cela, l’université Dianji propose une aide au retour, jusqu’à 300 euros, pour les non shanghaiens qui retournent travailler dans leur province d’origine.

Qiu Chi :

L’objectif de cette mesure, c’est d’encourager nos étudiants à retourner dans leur région d’origine, à l’Ouest, dans les zones plus pauvres, pour qu’ils contribuent à leur développement. Parce qu’à Shanghai, la concurrence est trop forte. On ne peut pas absorber tout le monde. Alors que l’ouest de la Chine, c’est un bon tremplin .

Le nouveau président, Xi Jinping, prend d’ailleurs le problème très au sérieux. Il a récemment été à la rencontre de ces demandeurs d’emploi, car des jeunes sans travail peuvent aussi devenir un facteur d’instabilité.

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