Un reportage de Coralie Garandeau, à San Bernardino, en Californie

Julio, jardinier municipal de San Bernardino : « Oh la ville est en mauvais état ! Il y a beaucoup de bâtiments abandonnés ; on dirait une ville fantôme économiquement parlant. Regardez le centre commercial : il est vide ! Vous voyez ce bâtiment ? Vide ! L’hôtel ? Vide ! »

San Bernardino, Californie
San Bernardino, Californie © J.Stephen Conn

Conséquence de la crise économique et immobilière aux Etats-Unis, San Bernardino est la quatrième ville et la plus grosse ville de Californie à se déclarer en faillite depuis le printemps dernier, après Stockton, Vallejo et Mammoth Lakes.

Une banqueroute qui fait de cette ville de 200 000 habitants située à 100 km à l'est de Los Angeles, une ville à l’abandon et dont le déficit budgétaire est de près de 46 millions de dollars.

La mythique Route 66 comme seul souvenir de la gloire de San Bernardino. Des terrains vagues en plein centre et un bâtiment sur deux à vendre ou à louer. A côté de l'hôtel de ville, fontaines et pelouses sont condamnées à jaunir.

Julio, le jardinier municipal, essaie de faire démarrer sa tondeuse. Il doit entretenir 40 hectares à lui tout seul.

Julio : « Pour tout ce qui est tailler, souffler et tondre, entretenir les parcs, ramasser les déchets, effacer les graffitis… Tout ça est vraiment mal entretenu. Tout seul, c'est impossible ! Je ne pense pas que se déclarer en faillite va régler tout ça, mais ça peut répondre à certains problèmes »

San Bernadino a perdu ses revenus fiscaux avec la crise économique et immobilière. La ville doit faire des coupes drastiques dans son budget.

100 employés municipaux, dont Julio, seront licenciés.

Les 4 bibliothèques de la ville sont aussi menacées. Après l'école, c'est dans l'une d'entre elles que Joséphine vient lire avec ses deux filles.

Josephine : « - C'est calme, je trouve les livres dont mes enfants ont besoin et ce qu'il faut pour les divertir, parce que je ne veux pas qu'elles aillent jouer dans la rue. Je serai très triste si la bibliothèque ferme.

- Vous comprenez ce qui se passe financièrement pour la ville ?

- Pas vraiment, je sais juste qu'ils ont trop dépensé et qu'ils sont à court d'argent »

La faillite de San Bernardino est un exemple pour les médias américains. La ville serait la deuxième la plus pauvre du pays, après Détroit.

Chacun a son explication, comme Veronica, une afro-américaine d'une cinquantaine d'années qui vit des allocations.

Veronica : « Si on ne permettait pas aux étrangers de venir dans le pays ! Ca aussi ça nous met en faillite. Les étrangers ont plus de droits que nous, les Américains ! Ces jours-ci, il faut parler espagnol pour trouver du boulot. Ca laisse les Noirs sur le carreau, et les Blancs aussi. Et ça me tracasse vraiment. Je crois que c'est surtout en Californie car la frontière est juste là ».

Linda, la bibliothécaire, remplit trois postes en même temps. Elle se sent plus que jamais nécessaire.

Linda : « Beaucoup de gens ne réalisent pas ce qui se passe. Ils ont entendu que la ville est en faillite, mais je ne suis pas sure qu'ils réalisent le nombre de services qui vont être touchés, comme les centres de loisirs pour les enfants après l'école, ou l'aide aux devoirs. Maintenant, tout ça est en danger. On sert de bibliothèque à plusieurs communes. Les gens viennent ici car ils ne peuvent s'offrir ni livres ni ordinateurs, donc ils viennent utiliser ceux-là pour faire leurs demandes d'allocations sécurité sociale, de handicap, de chômage, ou chercher un emploi. Ils ont vraiment besoin de nous ».

Les analystes parient que bien d'autres villes touchées par la récession vont suivre l'exemple de San Bernardino et se déclarer en faillite aux Etats-Unis.

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