Un reportage de Thibaut Cavaillès, à Tunis, en Tunisie

Un jeune salafiste :

Le hip hop, c'est chercher à ressembler aux Occidentaux. Celui qui veut ressembler aux Américains ou aux Européens, c'est un mécréant ! Un mécréant !

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Ce jeune salafiste n’est pas vraiment adepte de hip hop. Il habite un quartier populaire de Tunis où l'intégrisme religieux a fait son nid et où s’adonner à la passion du de cette danse et musique venues d'Amérique relève parfois de l’acte de résistance.

Hay tadhamen : un quartier immense, populaire, banlieue sensible de Tunis réputée pour abriter des partisans de la mouvance salafiste. L'association Défi s'y est installée. Elle aide les jeunes amateurs de la culture hip hop à s'exprimer : graffiti, danse, théâtre...

Dans la rue, il n'est pas rare de croiser un salafiste comme celui-ci, qui espère voir un jour la charia instaurée en Tunisie.

Mais Mohamed Amine, graffeur de 22 ans , ne se démonte pas :

Il y e n a qui refusent mon art, moi je refuse leur mentalité.

Il y a des gens qui te jugent par rapport à ton image. Par exemple celui qui ne porte pas la tenue salafiste, qui s'habille normalement, ils le traitent de pute, ou de pédé !

Dans la bande, une jeune fille : Chaïma, 18 ans, la casquette Superman sur la tête, vêtue d'un maillot des basketteurs des Chicago bulls. Elle remercie ses parents de la laisser être celle qu'elle a envie d'être. Mais au niveau du quartier, ça n'est pas facile dit elle.

Ils nous traitent d'adorateurs de satan. On est considérés comme des mécréants par ceux qui prient et prétendent mieux connaître la religion. Se sentir musulmane pour moi, c'est naturel. Il n'y a qu'un seul dieu et Mohamed est son prophète, c'est naturel. Je suis musulmane. Mais j'aime juste la culture hip hop c'est tout.

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Et ce qu'aime Chaïma, c'est la danse. Impossible d'en faire dans la rue ; il faut aller au local de l'association.

Mohamed Amine :

Ici c'est comme une sorte de folie, d'irrespect, de décadence, quand tu danses dans la rue.

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Une culture encore trop novatrice, ou une pratique de la religion trop fondamentaliste et qui n'accepte pas la différence ?

Chaïma n'a pas envie de se faire dicter la marche à suivre.

Il y a eu une période après la révolution, où les salafistes nous interdisaient de danser, où on avait peur, on restait à la maison, mais moi j'ai dépassé ça et j'ai continué mon chemin.

Nous on dit qu'on va supprimer les salafistes avec notre danse et notre art. La foi de chacun est dans son cœur, c'est pas obligatoire d'être pratiquant.

Depuis que les autorités tunisiennes ont accusés les salafistes djihadistes d'être derrière deux assassinats politiques en Tunisie, les partisans de cette mouvance, se font plus discrets. Et Chaïma et Mohamed Amine peuvent ainsi monter un peu plus le son.

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