Reportage de Stéphanie Braquehais, correspondante au Kenya

plusieurs explosions au westgate mall de nairobi
plusieurs explosions au westgate mall de nairobi © reuters

Kennedy Mungai, serveur:

De là où j’étais, j’ai entendu qu’il a dit : salaud d’Américain. Et il a tiré sur le type

Kennedy Mungairaconte ce qu’il a vu le 21 septembre 2013 dans le centre commercial de Westgate, à Nairobi, la capitale du Kenya, quelques minutes après l’irruption de quatre hommes armés de grenades et de kalachnikovs.

L’attaque terroriste revendiquée par le mouvement jihadiste somalien shebab avait fait au moins 67 morts. Un an après, ce bilan est toujours incertain, car l’effondrement d’une partie du bâtiment le troisième jour avait rendu l’identification des corps délicate.

Un an après le drame, il reste beaucoup de zones d’ombre et c’est pour cette raison qu’un documentariste kenyan a décidé de réunir témoignages et photographies au musée national de Nairobi, pour ériger un mémorial.

Kennedy Mungai était serveur à Art Caffé, situé au rez-de-chaussée à gauche de l’entrée principale. Il a vu de près les premières minutes de l’attaque.

Kennedy Mungai :

Ils s’en sont pris aux innocents, à ceux qui étaient sans défense. S’ils avaient voulu ils auraient pu s’attaquer à la garnison militaire. La plupart d’entre nous n’avions jamais vu une arme, encore moins entendu un coup de feu. Il faut améliorer la sécurité dans notre pays.

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Arjun Kohli est un jeune documentariste qui a interviewé une vingtaine de personnes qui se trouvaient à l’intérieur ce jour-là. Il a monté une exposition au musée national de Nairobi. Quelques jours avant le lancement, nous l’avons retrouvé en compagnie de Sally, décoratrice au premier étage du musée.

Arjun Kohli, documentariste, et Sally, décoratrice :

-Arjun : Je pense que faire en sorte que les gens se sentent comme chez eux est une très bonne idée.

-Sally : Oui, c’est vrai. On devrait mettre les fauteuils en ligne dos à dos pour que les gens puissent discuter.

-Arjun : Je me disais que la galerie entière sera entièrement en noir et blanc… Avec les portraits… Et puis, il y aura des petits nuages de couleurs dans ces photos là pour donner de l’espoir.

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Juste après l’attentat, un refrain, "we are one" ," nous sommes unis", a été scandé dans le pays. Mais avec l’insécurité qui n’a fait qu’empirer au Kenya, une ère du soupçon s’est installée, avec des boucs émissaires bien commodes, les personnes d’ethnie somalie ou encore l’opposition politique.

Autant de discours qui ont contribué à faire le jeu des terroristes. Arjun Kohli espère que ce mémorial ravivera le sentiment d’unité.

Arjun Kohli :

Je sais que si j’avais perdu quelqu’un moi-même, j’aurais voulu tout savoir sur leurs dernières minutes. Je ne sais pas si catharsis est le mot juste, mais entendre tous ces gens raconter ce qui s’est passé permet d’entamer un processus de guérison. Ce qui est surprenant, c’est de s’apercevoir que les paroles sont les mêmes pour tout le monde, que vous soyez chrétien, hindou ou musulman, que vous soyez riche ou pauvre. Une humanité fondamentale émerge de tous ces récits.

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L’exposition un mélange de photos, de dessins de presse et de témoignages filmés doit durer deux mois.

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