Un questions-réponses réalisé avec Reza Nourmamode, en direct de La Paz, en Bolivie

Drapeau bolivien
Drapeau bolivien © b00nj

Un rapport du Haut Commissariat de l’ONU aux Droits de l’Homme publié il y a trois semaines met en cause le fonctionnement de la justice bolivienne.

Effectivement, dans ce récent rapport, les Nations Unies dénoncent l’incroyable dysfonctionnement de l’appareil judiciaire en Bolivie.

Selon cette enquête, près de 500 000 dossiers à traiter se sont accumulés entre 2009 et 2011, pour une population d’à peine 10 millions d’habitants, avec notamment pour conséquence le fait que 80% des détenus du pays sont en attente de jugement.

Autre chiffre préoccupant : chaque juge bolivien aurait en moyenne 653 dossiers sur les bras.

L’ONU déplore que, malgré plusieurs réformes, les soucis d’accès à la justice, d’indépendance du pouvoir judiciaire ou encore de corruption des magistrats n’aient toujours pas été résolus.

- Ce n’est pourtant pas faute d’avoir réformé le système !

Oui et on peut citer deux principales réformes.

Tout d’abord, en décembre 2010, la loi a reconnu la justice ancestrale des populations indiennes et a autorisé sa pratique dans un certain cadre. Mais le texte a finalement été jugé trop tiède par les défenseurs des droits indigènes. Il superposait un nouveau système judiciaire à un ancien qui, déjà, ne fonctionnait pas tout seul.

Deuxième réforme d’importance : l’organisation d’élections judiciaires. C’était en octobre dernier. Pour la première fois dans l'histoire de la Bolivie, les magistrats du tribunal constitutionnel et ceux de la cour suprême étaient élus par la population. Cependant, les vote blanc et nul, consigne de vote de l'opposition, l'ont emporté. D'après la droite, le gouvernement avait effectué une sélection politique des candidats afin de mettre la main sur le pouvoir judiciaire.

- Pour couronner le tout, une polémique embarrassante pour le gouvernement

Oui, suite à une démonstration pour le moins insolite d'un magistrat du tribunal constitutionnel. Gualberto Cusi est apparu dans un programme télévisé au cours duquel il a déclaré qu'il avait recours à la lecture des feuilles de coca pour prendre certaines de ses décisions de magistrat. Devant les caméras de télévision, il a réalisé une démonstration, laissant tomber des feuilles de coca sur un tissu traditionnel indien et expliquant que, selon le résultat, il émettait un avis positif ou négatif. Juristes et membres de l'opposition ont crié au scandale et ont appelé, en vain, à la démission de ce magistrat, qui a été soutenu notamment par le président du tribunal constitutionnel.

Quant au chef de l’Etat bolivien Evo Morales, il a récemment appelé les magistrats à ériger en modèle une justice bolivienne qui serait baser des relever « le grand défi d'exporter la justice bolivienne, qui était jusque là basée sur des codes judiciaires venus d’Europe. Il était temps…

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