Un reportage de Caroline Vicq, à Buenos Aires, en Argentine

Elena : « Nous n’avons plus confiance en les banques, plus jamais, parce que nous nous sommes sentis abandonnés. Nos économies sont parties en fumée et on nous a laissé seul. Plus jamais ça !»

Monnaie Argentine
Monnaie Argentine © hadsie

Il y a 10 ans, l’Argentine connaissait l’une des crises économiques les plus graves de l’Histoire. Le taux de chômage était alors de 23%, près de 12 millions d’habitants vivaient sous le seuil de pauvreté et le pays subissait une fuite record de capitaux. L’Argentine subissait les conséquences de 10 ans de privatisations à tout va, de corruption, de commerces suspects avec les banques internationales. Retour sur un mois de décembre 2001 traumatisant et historique avec les souvenirs d’une famille argentine.

19 décembre 2001 : la colère monte. Déjà deux semaines que les banques ont fermé. Elena est mère de deux enfants et gère avec son mari Guillermo leur petite entreprise familiale. Ses 15 000 dollars d’économies se sont envolés.

Elena : « J’avais l’impression d’être folle, qu'on était en train de me voler, qu'on était en train de m'enlever le droit de disposer de mon argent que j'avais économisé et gagné en travaillant »

Pour se faire entendre, Elena, comme des milliers d’Argentins, prennent ce qu’il y a à portée de main : une casserole et une cuillère en bois. Le concert de casseroles commence à Buenos Aires. Mais la répression policière est très violente. Les hommes prennent le relais de la protestation. Un cortège se dirige vers le palais du gouvernement sur la Place de Mai. Martin, fils d’Elena, était dans la foule

Martin : « Il y avait des jets d'eau dans les rues, des gaz lacrymogènes. La police a commencé à tirer, il y avait des incendies, des voitures en feu, des ambulances partout. On était un groupe de 300-400 personnes qui avançaient vers la place et tout à coup, on a entendu un coup de feu. A quelques mètres de moi, j’ai vu une personne tomber par terre, qui saignait : elle avait reçu une balle dans le corps »

Le 20 décembre, la bataille continue. Les Argentins ne reculent pas et chantent « El pueblo no se va » : « le peuple ne partira pas ».

Le président De la Rua et le ministre de l’Economie Cavallo démissionnent. La fin du règne des banquiers selon Guillermo.

Guillermo : « Cela ressemble un peu à la situation en Europe, à ces technocrates qu'on a placés récemment en Grèce et en Italie, pour faire sauter un gouvernement corrompu par des banquiers. Exactement comme Cavallo. C'est lui qui a dirigé cette économie et cette politique qui ont conduit au désastre »

Bilan, dans le pays : 1.200 arrestations, 150 blessés, 39 morts. Depuis 2006, après 5 ans d’immobilisation, l’argent est remboursé par mensualités. Elena n’a pas encore récupéré la totalité de ses économies, dix ans après. Et comme elle, beaucoup d’Argentins réclament justice et un procès pour l’ancien Président et ses ministres qui ont plongé le pays dans le chaos et vivent aujourd’hui des jours paisibles.

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