Un reportage d'Emilie Baujard, dans la bande de Gaza

Sara :« C’est en pleine période d’examens, qu’ils ont décidé qu’on devait porter des vêtements islamiques. Ça m’a choquée, vraiment. Chacun doit pouvoir porter ce qu’il veut, personne ne doit nous imposer quoi que ce soit !»

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Sara est étudiante à l’université al-Aqsa de la bande de Gaza, un établissement qui accueille 17 000 étudiants.

Témoins voilés
Témoins voilés © Radio France / Nicolas Mathias

Depuis samedi dernier, un nouveau règlement est entré en vigueur : désormais, les étudiantes doivent porter foulard et robe islamique sous peine d’expulsion.

Mais la majorité des étudiantes est contre, et la société civile fait pression pour obliger le Hamas, le parti islamiste au pouvoir à Gaza, à revenir sur cette décision.

Dalia n’en revient toujours pas. Il y a quelques jours, cette étudiante de 22 ans a découvert le nouveau règlement. Les jeunes femmes doivent désormais porter dans l’enceinte de leur établissement un foulard sur leurs cheveux et un long manteau fermé jusqu’aux chevilles. Ce ne sont pas les vêtements islamiques en eux-mêmes qui embêtent Dalia, mais l’obligation de les porter.

Dalia :« Je ne veux pas être obligée à porter le hijab. Si je le fais, c’est une décision personnelle, imposée par personne. Je ne veux pas qu’on me dicte ce que je dois faire. L’université peut conseiller de porter le hijab mais c’est tout. Après, si les étudiantes sont contre, l’université doit renoncer. »

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Les jeunes filles ne comprennent pas non plus l’intérêt du nouveau règlement puisque dans les faits, 80% des étudiantes d’al-Aqsa portent déjà le foulard et le manteau dans l’enceinte de l’établissement. Mais elles revendiquent leur liberté de choix dans une société déjà très contraignante pour les femmes, surtout depuis l’arrivée du Hamas au pouvoir à Gaza en 2007. Ahlam, une étudiante en langue arabe. Elle porte le foulard et un jean moulant.

Ahlam :« Je veux plus de droits, plus de liberté et je veux avoir le droit de faire mes propres choix. La décision qu’ils ont prise à l’université sans demander l’avis de personne, je suis contre. Et je pense que les étudiantes ne devraient pas la respecter. On devrait protester et avoir le droit d’exprimer ce qu’on ressent et ce qu’on veut. »

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Mais les étudiantes ont peu de moyen pour se battre. Alors, une coalition de défense des droits civiques est monté au créneau, emmenée par Zeinab El Ghunaimi, militante des droits des femmes.

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Zeinab El Ghunaimi: « Les filles à l’université ne peuvent rien organiser contre ça, car elles ont peur des représailles, que ça ait des répercussions sur leurs notes. La décision a été prise par l’administration et certains professeurs, donc elles n’osent rien dire. Elles ne veulent pas avoir de problème. Mais, nous on va se battre. On veut mettre un terme à cette islamisation croissante de la société. Le Hamas a déjà imposé les vêtements islamiques dans certaines écoles, maintenant à l’université al-Aqsa, et peut-être que bientôt ce seront les autres universités et puis après partout, dans les rues, sur tout le monde. »

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Il y a 2 ans, les associations de défense des droits civiques avaient déjà réussi à faire annuler une décision du Hamas qui interdisait aux femmes de fumer le narguilé en public.

Pour l’instant, l’université al-Aqsa ne souhaite pas faire de commentaire.

A Ramallah, l’autorité palestinienne a déjà fait savoir que le règlement était illégal et contraire à la loi fondamentale palestinienne.

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