Un questions-réponses réalisé avec Olivier Bonamici, à Lisbonne, au Portugal

Angola et Portugal
Angola et Portugal © 800 miles is a drive

Le premier ministre portugais Pedro Passos Coelho était récemment en visite en Angola.

L'ancienne colonie lusophone s'est dite prête à aider financièrement le Portugal, actuellement en pleine crise économique.

De quelle façon l'Angola pourrait-il venir au secours du Portugal ?

En échange de l'aide financière du FMI, le Portugal s'est engagé à lancer un vaste plan de privatisations. Et c'est justement là qu'interviendrait l'Angola : en rachetant de grandes entreprises portugaises.

Une société angolaise fait beaucoup parler d'elle en ce moment : il s’agit de l’entreprise Sonangol. Selon la presse portugaise, cette entreprise publique angolaise de gaz et de pétrole serait intéressée par la privatisation de la compagnie aérienne TAP et par la principale chaîne de télévision publique.

Les investissements angolais ont fortement augmenté ces dernières années au Portugal, surtout dans le secteur financier. Sonangol, dont je vous parlais à l'instant, est déjà le principal actionnaire de la plus grande banque privée portugaise.

Et puis il y a une femme d'affaires, Isabel dos Santos, la fille du président angolais : par le biais de plusieursholdings, elle est entrée dans le capital d'une dizaine d'entreprises portugaises. Au total, Isabel dos Santos détient aujourd’hui près de 3% des 20 entreprises cotées à la bourse de Lisbonne.

- Comment l'opinion publique portugaise voit-elle l'arrivée en masse de ces capitaux angolais ?

Les Portugais savent que leur pays est en récession et selon eux, le Portugal n'a pas d'autre choix que celui de s'ouvrir aux capitaux étrangers, notamment en provenance des pays émergents. C'est, par exemple, le cas d'une entreprise chinoise qui, il y a un mois, a racheté EDP, l'entreprise portugaise d'électricité.

Le Portugal se tourne ainsi vers deux pays lusophones, le Brésil et donc l'Angola qui prévoit une croissance de 12% en 2012.

Pour l'opinion publique, c'est quand même un clin d’œil de l'histoire car l'Angola vole aujourd’hui au secours de son ancienne puissance coloniale !

Enfin, les Portugais se disent que vu le contexte actuel, ce n'est pas leur pouvoir d'achat qui va permettre de relancer la consommation. Et désormais, si une partie du commerce local survit, c'est aussi grâce à l'argent en provenance de l’Angola.

Il suffit de se promener sur l'Avenue de la Liberté, l'avenue la plus chère deLisbonne : toutes les boutiques de luxe restent ouvertes grâce aux clients angolais (hommes d'affaires ou même étudiants car -et c'est là encore une ironie de l’histoire-, selon ces clients angolais, le luxe coûte moins cher aujourd’hui à Lisbonne qu'à Luanda, la capitale angolaise.

L’Angola se voit en ce moment accusé d’avoir détourné 32 milliards de dollars.

Un « trou inexpliqué » dans les finances du pays de 2007 à 2010 décelé par le FMI et qui représente environ un quart du PIB ! Le gouvernement angolais parle, lui, d’une différence liée à "des revenus pétroliers mal enregistrés, notamment dans les recettes de la compagnie d'Etat Sonangol".

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