Un reportage à Mirissa, dans le sud de l'île, du correspondant de RFI/France Inter, Sébastien Farcis

Pierre Pringiers :

Après le tsunami, toute la pêcherie a été fortement affectée. On a reconstruit des milliers de bateaux. Et c'est alors que ce rêve est devenu réalité. On a eu les designs d'un bateau de pêche hybride, voile et moteur.__

Pierre Pringiers est un Sri lankais d'adoption. Ce Belge est arrivé dans les années 80 dans ce pays et y a fait fortune en dirigeant une entreprise de fabrication de pneus. Mais après le tsunami de décembre 2004, sa vie a changé. Il s'est alors beaucoup investi dans la reconstruction des bateaux de pêches décimés et a commencé, avec sa fondation appelée Building a Future , à essayer de réintroduire la navigation à la voile. Pour la plaisance, d'abord, mais aussi pour la pêche, dans le but de réduire la pollution des océans. Il est aujourd'hui à la tête d'un chantier innovant de construction navale, unique au Sri Lanka.

Pierre Pringiers :

Cela c'est un 52 pied, un voilier un peu classique mais quand même très léger, habitable. Il y aura 4 chambres. Sur un bateau comme cela on peut faire le tour du Sri Lanka, il n'y a pas de problème.

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Pierre Pringiers, habillé tout en blanc, de la couleur de ses longs cheveux, arpente la structure d'un catamaran en construction dans l'atelier de sa fondation, Building a Future . Celle-ci opère déjà une flotte d'une 40 aine de voiliers de plaisance dans le sud du Sri Lanka, depuis le dériveur de 6m50 jusqu'au catamaran de croisière. L'objectif est double: offrir du travail aux jeunes de la région et développer la navigation à la voile, abandonnée au profit du moteur, considéré beaucoup plus pratique. Pour cela, il a fallu tout faire soi-même.

Chanagar, responsable de la voilerie :

Cette voile, c'est nous qui l'avons dessiné. Elle fait 43 m2. Nous devons améliorer un peu la forme...

Construction d'un catamaran, plus grand, de 16 mètres
Construction d'un catamaran, plus grand, de 16 mètres © Sébastien Farcis

Chanagar est l'un des responsables de la voilerie. Ce fils de pêcheur fut le premier employé de la fondation, il y a 8 ans. De la plongée à la navigation jusqu'au dessin de voile, il a tout appris ici.

Chanagar, responsable de la voilerie :

Dans notre pays, il n'y a qu'un endroit où les pêcheurs utilisent la voile, c'est à Negombo. Et ils ne l'utilisent pas correctement. Mais en dehors de cela, tout le monde avance au moteur.

C'est cette mentalité du tout-moteur que Pierre Pringiers essaie de changer en introduisant des bateaux plus ergonomiques, dessinés sur place par des ingénieurs européens, et avec un gréement bien plus pratique et résistant qu'avant. Pour cet entrepreneur social belge, l'intérêt est autant sécuritaire qu'écologique.

Pierre Pringiers :

Beaucoup de bateaux de pêche n'ont qu'un moteur, et ils se retrouvent à 5000 ou 6000 miles nautiques de la côte et si le bateau flanche, ils sont perdus. Donc la voile c'est une sécurité supplémentaire. Deuxièmement, en utilisant voile et moteur, on peut réduire la consommation de fioul de 15 à 25%. Il faut dire qu'un bateau d'une 40 aine de pieds qui part pour 3 semaines ou un mois va consommer 6-7000 litres de fioul et ramener 2 tonnes de poisson. Cela fait donc beaucoup de fioul par kg de poisson. __

La fondation building a future a déjà enfanté de 5 PME et de deux associations, et créé les 3 premières mini-marinas pour permettre aux voiliers d'amarrer aux ports.

Pierre Pringiers sur l'un de ses bateaux de croisière, fabriqués dans les chantiers de la fondation
Pierre Pringiers sur l'un de ses bateaux de croisière, fabriqués dans les chantiers de la fondation © Sébastien Farcis
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