Un reportage de Claire Martin, à Santiago, au Chili

Moises Paredes :«A cause des 7 mois de mobilisation l’année dernière, certains élèves, comme moi, ont vu leur inscription au lycée purement et simplement résiliée. Ils nous ont expulsés pour des raisons politiques : ils nous savent capables de générer une nouvelle mobilisation dans nos lycées »

Etudiants au Chili
Etudiants au Chili © @belleandrafa

Ce jeune homme de 17 ans s’appelle Moises Paredes. Le 5 mars, c’était la rentrée des classes au Chili dans l’éducation publique, après deux mois de vacances d’été. Mais pas pour tous les élèves. 400 élèves environ ont reçu, comme Moises, une lettre de renvoi. Ils ne rentreront pas en cours avec leurs camarades cette année. Le motif ? Ces élèves sont les têtes de file du mouvement des secondaires et des étudiants qui a paralysé l’éducation pendant 7 mois l’année dernière. Ils réclamaient une éducation publique, gratuite, de qualité.

Depuis deux semaines, les élèves renvoyés manifestent sans résultat. Leurs établissements ne sont, pour la plupart, pas ordinaires. Ils sont publics, mais ce sont les meilleurs du pays. La compétition est rude pour y entrer. Sans argent, il est difficile de trouver aussi bien ailleurs. Moises Paredes : « Environ 49 élèves ont été expulsés du lycée Arturo Alexandrie Palma. Ils nous expulsent parce que nous avons participé à la mobilisation. Et en cela nous avons, selon eux, violé le manuel de vie commune, qui regroupe les règles, les droits et les devoirs que l’élève doit suivre dans l’établissement. Moi, je suis inquiet, je veux terminer ma scolarité dans ce lycée. Je veux aller à l’Université et je sais que si je finis le lycée dans un autre établissement public que celui-ci, je ne pourrais pas y entrer. »

Le lycée de Moises Paredes concentre 60 % des expulsions de la commune de Providencia. Le maire de cette commune de Santiago, Cristian Labbé, a violemment réprimé la mobilisation étudiante. C’est un ancien de la police politique du dictateur Augusto Pinochet. Fernanda Mendez fait partie du lycée Tajamar, un autre lycée d’excellence de la commune. Fernanda Mendez : « C’est super injuste parce qu’au début de la mobilisation, tout le lycée a voté en faveur de l’occupation du lycée. Nous n’étions pas sept à occuper le collège, mais 600. Je crois qu’ils ont choisi de nous expulser parce que nous étions les figures les plus connues. Car aucune d’entre nous n'est mauvaise élève, nous avons toutes de bonnes notes. »

Certains élèves se sont résignés à entrer dans des établissements publics plus mauvais, ou à suivre des cours du soir. Beaucoup ont choisi de se battre en justice pour être réintégrés. Dafné Concha est porte-parole de l’association de parents d’élèves.

Dafné Concha : « La loi garantit aux élèves le droit de finir le lycée. Nous considérons donc qu’il s’agit d’une mesure arbitraire et illégale. »

__ Le processus judiciaire est lent et le gouvernement de droite de Sebastian Pinera a, jusqu’ici, fait la sourde oreille aux revendications des élèves et de leurs parents. Tous les élèves engagés n’ont pas été expulsés. Mais certains dénoncent déjà des menaces. Au premier faux pas, ils seraient renvoyés eux aussi.

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