Un reportage de Carrie Nooten, à Singapour

Emerson Hee : « Il y a un pouce vers le haut, ou un pouce vers le bas. C’est plus ou moins un outil de crowdsourcing : on va compter sur le public pour nous faire remonter leurs avis, ainsi on saura où sont les toilettes sales, et ce qu’il faut faire pour aider les propriétaires . »

pictogramme toilette
pictogramme toilette © radio-france

La journée mondiale des toilettes, cela vous apeut-être échappé. Et bien Emerson Hee, que vous venez d’entendre, est le directeur de l’Association des Toilettes de Singapour.

Cette association vient de créer une carte interactive sur laquelle les internautes viennent signaler les WC propres ou sales, photos à l’appui. Un travail d’équipe assez naturel dans une société Singapourienne presque obsédée par la propreté.

Dans ces toilettes pour dames du centre ville, lumière tamisée, robinets design et music lounge. L’Association des toilettes les qualifierait sûrement de 5 étoiles dans le cadre de ses inspections. Mis en place il y a 10 ans, ces contrôles inopinés sont venus combler les Singapouriens, alors terrorisés par le virus respiratoire du SARS. Pour John Loh, de l’association, l’inspection doit être méthodique.

John Loh : « Quand je rentre, immédiatement sur ma droite il y a un sèche-mains. Donc je vais vérifier qu’il marche. Ensuite, je vais m’assurer que tous ces robinets fonctionnent. Je ne le fais pas au hasard, je les vérifie tous. OK ! Ensuite, on va regarder tous les miroirs, s’il y a des taches et tout ça… Non, c’est parfait. Et alors qu’on continue, on aperçoit les toilettes. Une par une, on ouvre les cabines, et on regarde qu’il n’y a pas de tache, et que le détecteur pour la chasse d’eau marche. »

Il a été assez facile de convaincre les propriétaires de centres commerciaux de bien entretenir leurs toilettes selon Emerson Hee.

Emerson Hee « On a fait des sondages. Nous avons demandé aux sondés 4Si les toilettes sont sales, passerez6vous par cet endroit ?’ Et plus de 70% ont répondu ‘non’. C’est un argument choc face aux propriétaires. On leur explique, que si leurs WC sont sales, ils feront moins de chiffre d’affaires. »

Derrière la méthode, il y a un homme : Jack Sim, le « Monsieur toilettes » de Singapour. Traumatisé par les latrines publiques de son enfance, il se rappelle de l’arrivée des salles de bains privées dans les logements sociaux comme d’une révolution. Il est persuadé que cela a joué un grand rôle dans le développement de Singapour.

Jack Sim : « Singapour est passé du Tiers-Monde aux pays développés en 25 ans à peine, et je pense que cette croissance est en partie due à l’amélioration des conditions sanitaires. Parce que quand vous êtes en bonne santé, avez une vie saine, vous ne tombez pas malade, vous êtes plus productif, vous gagnez plus d’argent. Et je pense qu’on doit permettre aux 2,5 milliards de gens qui ne l’ont pas, l’accès aux toilettes. On a vraiment négligé ça. »

L’enjeu sanitaire est de taille : encore un milliard de personnes sont obligées de faire leurs besoins en plein air, en Afrique et Asie surtout. Cela contamine les eaux et entraîne des infections intestinales. Celles-ci font plus de victimes chez les enfants que la rougeole, la malaria et le sida réunis.

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