Un reportage de Sébastien Farcis, correspondant de Radio France Internationale dans la région du Népal

Durga Depkota, étudiant :

En 2008, j'étais très enthousiaste d'aller voter. Et j'ai même manqué un examen pour cela. Mais ces dirigeants se sont révélés tellement corrompus et inefficaces que je ne sais pas si j'irai voter cette fois ci

Drapeaux, Népal
Drapeaux, Népal © Tiffany Yhap

Au Népal, comme 12 millions d’électeurs, ce jeune étudiant de Katmandou est appelé aux urnes aujourd'hui pour élire une nouvelle assemblée constituante car la première chambre, élue en 2008 après la chute de la monarchie, n’a pas réussi à mettre en place une constitution. Et depuis 5 ans, la jeune république himalayenne n'a donc pas de gouvernement stable. Une instabilité qui touche les services publics et particulièrement les écoles et universités publiques.

Le climat est tendu dans les rues de Katmandou. Depuis 10 jours, plusieurs partis politiques opposés au scrutin d'aujourd'hui ont déposé des bombes et organisé des grèves violentes. Ce qui a obligé de nombreux magasins et universités à fermer. Durga Depkota, un étudiant en licence de commerce au Public Youth College, est malheureusement habitué à cette situation :

Lors de chaque grève, les transports s'arrêtent et les professeurs ne viennent pas. De plus, dans mon université publique, les syndicats d'étudiants sont très actifs : ils suivent les mots d'ordre des partis et perturbent les classes. En tout, je pense qu'environ un tiers de mes cours n'a pas eu lieu cette année à cause de ces agitations politiques.__

Durga est le premier enfant de sa famille modeste à suivre des études aussi poussées. Mais il estime que son diplôme, s'il arrive à l'obtenir, ne lui servira pas à grand-chose :

Nous ne sommes pas assez bien formés dans les universités publiques, particulièrement en anglais. Les facultés privées sont bien meilleures, mais je n'avais pas les moyens d'y aller. En plus, la situation du pays est mauvaise, et si je trouve un travail, il sera mal payé. La seule solution sera alors de partir travailler comme ouvrier à l'étranger.

L'échec de la rédaction de la constitution et la paralysie politique des 5 dernières années ont fragilisé l'économie népalaise. La croissance de 2013 devrait ainsi chuter à son niveau le plus bas depuis 6 ans. Et par manque d'infrastructures, le pays connait jusqu'à 14 heures de coupure d'électricité par jour en hiver. Les solutions existent cependant, explique Kunda Dixit, rédacteur en chef de l'hebdomadaire Nepali Times :

La formule qui permettra de créer de la croissance est très simple. Il s’agit de créer des emplois grâce à une sorte de Plan Marshall de construction d’infrastructures, avec des centrales hydrauliques et des routes. On avait le budget cette année, mais ça fait trois ans qu’on l’attend : les partis étaient trop occupés à se disputer sur la Constitution pour parler budget. Les immigrants, eux, envoient à leurs familles l’équivalent de 4.5 milliards de dollars par an. C’est un ballon d’oxygène, mais tout petit. __

Ces renvois de fonds ont augmenté de 24% l'année dernière et représentent à présent une somme équivalant au quart du budget népalais. Mais malgré cette contribution vitale, tous ces expatriés ne pourront pas voter aujourd'hui.

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