Un reportage de Solenn Honorine, dans la banlieue de Jakarta, sur l'île de Java, en Indonésie

Ricky Gunawan : « Le système judiciaire est profondément injuste. La loi indonésienne est très dure envers les pauvres, les exclus, mais très clémente pour les riches et puissants »

Prison
Prison © DaR
Prison Indonésie
Prison Indonésie © Radio France

Ricky G unawan est le président d’un ONG soutenant les Indonésiens pauvres quand ils ont à faire au système judiciaire, pour le moins inégalitaire, de leur pays. En Indonésie, les peines semblent parfois inversement proportionnelles aux comptes en banques des prévenus. Petits crimes et fortes sanctions.

Derrière la porte de la prison de Pondok Rajek, Irwan, un jeune homme de 29 ans qui en paraît dix de moins, s’approche timidement. Il purge ici le dernier de ses six mois de prison en compagnie de criminels endurcis, certains meurtriers condamnés à vingt ans de réclusion. La différence, c’est qu’Irwan, lui, n’a volé que deux cartes mémoire d’ordinateur, d’une valeur de trente euros à peine.

Ce jour-là, raconte son père, Irwan, sous l’impulsion du moment, dérobe deux cartes mémoire dans le café Internet où il tuait le temps en se demandant comment acheter un petit quelque chose pour sa jeune épouse, alors enceinte de trois mois. Mais en criminel amateur, il revient sur les lieux pour chercher son téléphone portable, qu’il avait oublié. Rizal, le propriétaire du café Internet, l’amène au commissariat. Quelques heures plus tard, la famille d’Irwan le rembourse. Rizal retire sa plainte, sans pour autant arrêter les roues de la justice.

Rizal : « Quand j’y pense maintenant, je regrette d’avoir appelé la police. Le vol, c’était un crime. Mais le coupable s’est déjà excusé et moi, la victime, j’ai reçu une compensation pour les cartes volées. Ces éléments auraient dû être pris en compte au moment du jugement ».

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Le cas d’Irwan est loin d’être isolé, explique Antonius Badar, qui suit le cas pour l’ONG d’aide judiciaire LBH Masyarakat.

Antonius Badar : « Ca aurait pu être pire, parce que notre code criminel dit que dans le cas d’un vol, la peine maximum va jusqu’à sept ans de réclusion. Je craignais qu’il prenne plus d’un an de prison »

Les journaux regorgent de ces faits divers, petits crimes, lourdes peines : une vieille femme qui dérobe une queue de bœuf pour faire sa soupe, un adolescent qui vole le haut-parleur de sa mosquée… Le système indonésien favorise la carrière du policier qui procède aux plus nombreuses arrestations, du juge qui condamne aux peines les plus lourdes. Et sans argent pour faire déraper le cours de la justice, les pauvres n’ont qu’à serrer les dents.

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